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Jan 11 2020

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Vu de la voiture – Christian Satgé

Vivant à la belle toile, des âmes nues,
Errent dans la boue noire, sous de grises nues,
Aux visages pâlis nimbés d’oublis, corps fluets
Tout en pleurs fanés et en vains rires muets.

Parmi des chaumines confites en vétusté,
Des cabanes de fortune tarabustées
Par les vents, plus propres à loger quelque animal
Qu’à héberger, même fort coupable de Mal,
L’image du Dieu vivant, pas las, ils vont,
Ignorant le bien manger et le savon.

Ce sont des ombres au milieu de cet amas
De taudis qu’on ne voir plus, un anonymat
Fatigué de misère et rompu de cent maux
En un lieu qui n’est même pas un hameau.

Ces cahutes abritent donc des yeux hagards
Et des teints hâves, blafards, qui sont tout égards
Pour leur hôtel des courants d’air, bâches percées
Et palettes cassées en plancher, déclassées
Comme ces cœurs aux espoirs recroquevillés.
Ces esprits brisés, mais à la vie chevillés.

En ces lugubres gîtes en tôle froissée
Et en bois pourri on boit, de fiel poissé,
À pleines gorgées la coupe ocre d’un sommeil
Sans repos, s’abreuvant de songes sans soleil.

L’aube, par bonheur, prend le soin de ne laisser
Aucune trace de ces bleues nuits blessées,
Où le noir s’habille de pénombre glacée
En ces pénates où aucun lare n’est placé
Mais où le cheveux long, hirsute et prou crasseux,
Cache de sautillants locataires pisseux.

Et dans leur enveloppe de délabrement,
Chrysalides qui ne seront pas papillons,
Vivent, le long du périph’ de contournement
De Paris, ces parias que nous fuyons…

© Christian Satgé – décembre 2019

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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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