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Déc 09 2018

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Vertige – Serge Campagna

En son for intérieur si faible à la minute

il pense fermement que son père exagère

Par respect

il n’ose pas un son

Surtout que là-haut

sa mère sifflote son couplet

Mais vas-y !

Tu ne crains rien !

Vas-y ! »

Vas-y !

Vas-y !

Elle en a de bonnes !

Il lance un œil vers le sol

et soudain ses pattes flagellent.

 

Lui

se flagelle l’esprit

où une voix fluette folâtre

Puisque le sol t’intimide

essaie vers le fa

voire vers le ré

Par analogie subite

il songe au rez-de-chaussée

en l’occurrence

au rez-de-trottoir

qui l’attire inexorablement

Plus loin

papa s’impatiente

et monte dans les trilles

ardents de la vulgarité.

 

Lui

en bon fils voudrait bien…

Mais il ne peut point…

Dès le regard vers le bas

son cœur se rehausse

sa vision devient circulaire

quasi vipérine

et le courage qui vient de lui gonfler les bajoues

se carapate sur la pointe des escarpins.

Il ne peut pas non plus passer sa vie perché ici

ça fait désordre un gamin posé

sur une gouttière

 

Quelle idée a donc eue maman

de le déposer puis de l’asseoir ici.

Elle avait dû se griser

d’une montée au septième ciel !

Puisqu’il est là !

Mais tout de même !

Elle pouvait y regrimper seule !

Là-bas papa s’émoustille

Il n’a pas l’intention

d’esquisser un demi tour

et fait désormais dans l’injonction

Ordonner c’est simple

lorsqu’on a l’expérience

Mais lorsqu’on a les genoux

qui jouent des castagnettes…

Pour une première

il n’imaginait pas ce tournis.

 

Sous les huées de son père

et les quolibets de sa mère

il ose un haussement d’épaule.

La rébellion le déséquilibre

sans attendre il valse dans l’air absent

ferme les yeux pour tenter

d’amortir le choc de la chute

et s’en remet à sa bonne étoile.

Il ne pousse même pas un cri

bien que cette envie le taquine

Il s’en remet à…

Vous souvenez-vous de vos premiers pas ?

Je vous assure qu’ils n’ont pas été faciles

et que vous vous êtes flanqué plus d’une fois

le menton sur le goudron

Pourtant, vous aviez les pieds sur terre.

Ayez alors un peu de mansuétude

pour les premiers battements d’ailes

de l’oisillon !

 

©Serge Campagna

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Je suis arrivé en 1955 en Dauphiné et l'ennui de l'enfance m'a vite poussé vers les mots et leurs majestueuses farandoles.
J'eus très tôt la chance et le bonheur de croiser la route de maîtres qui me firent voyager sur les phrases de Musset, d'Apollinaire, de Baudelaire, de Cendrars...
Ma propension au sourire m'ouvrit plus tard les grâces de Bobby Lapointe, de Cavanna, de Desproges...
Puis, il y eut Guillevic, Max Jacob et l'immense Francis Ponge... En parallèle, s'immiscèrent Giono, Ramuz, Gougaud...
Depuis, mes textes recherchent le flot serein du voyage, les cataractes de la révolte ou les rives ombragées de l'harmonie.

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Simone Gibert
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Simone Gibert

J’avais pensé un moment que vous aviez été un enfant “torturé”, ou plutôt “malmené”, voyez votre écrit a bien fonctionné ! Très original ! Une fin touchante. Merci Serge !

Christian Satgé
Membre

Un texte étonnant, Serge, fort bien construit, qui a le mérite d’une chute qui explique tout. Voilà de la belle ouvrage car le quiproquo fut là pour moi tout au long de vos lignes inégales si bien construites « qu’on y est ». Bravo et merci pour ce partage…