«

»

Mar 21 2019

Imprimer ce Article

Valse de mots et d’expression – Philippe X

 

 L’autre jour, j’ai demandé à ma femme où elle désirait aller pour notre anniversaire. Ça m’a fait chaud au cœur de voir son visage s’illuminer . Elle m’a répondu : « Quelque part où ça fait longtemps que je ne suis pas allée » Donc, je lui ai proposé d’aller dans la cuisine. …C’est là que la dispute a commencé

   Combien d’entre vous êtes restés sans voix lors d’une discussion à laquelle vous n’avez pas su ou pas pu ou pas dû donner votre avis.
   J’ouvre une parenthèse sur cette forme de construction et du contenu de phrase qui donne à vos écrits l’élégance d’un charretier qui s’adresse à ses mules…..
   Pas su…. Pas dû…. Pas pu 

   Un célèbre auteur auvergnat, Jean Anglade avait, en des temps anciens, fait intervenir un plombier pour procéder à des réparations .
   

   Deux mois plus tard, recevant enfin la facture, il fut surpris par son contenu très détaillé.
   L’artisan n’avait pas ménagé sa peine, sa conscience professionnelle s’exerçait jusque dans les moindres détails de son intervention.
   Un détail qui vaut son pesant de cacahuètes le plongea dans une réflexion.
   Je cite : 
   Rien n’avait été oublié malgré l’orthographe qui posait problème.
 « anlévement ansiene plomberie…terasseman… soudurre…tuillot de plom…tuillot de cuivfre…jouints, coliers et mindeufre… »

   Toutefois, un article m’intriguait particulièrement : papu, 84 francs et 25 centimes.
   

   Lorsque l’artisan vint chercher son dû, je lui demandais :
« au juste, c’est quoi votre papu »
   Mon papu ? Eh bien ! C’est ce que je n’ai pas pu faire, voilà tout… !
   Vous n’avez pas pu… ?
Oui , j’ai pas pu faire ce que je voulais, mais je l’ai compté quand même vu le temps que j’y ai passé… C’est juste non ? ».

   À retrouver dans un album des éditions CANOPE sur Jean ANGLADE et Jacques POINSON intitulé «  AUVERGNATERIES »

   Bel exemple du savoir « pas su faire » de la part d’un homme de l’art du « savoir faire » !
Pas de langue de bois chez les spécialistes du plomb et du cuivre, que de l’humour involontairement ajouté donnant une valeur mérité à cet exercice.

   En racontant cette aventure au cours d’une réunion amicale, la fille de mon amie, m’a scié en deux, tant son innocence était touchante.
   Cette adolescente naviguait à vue entre la sortie de l’enfance et l’entrée en émoi causée par la présence de son mignon voisin à la tronche de calculatrice. 
   Elle ne savait pas sur quels boutons appuyer pour éteindre le feu de ses joues.

   J’avançais un « mieux vaut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de… »

   Mais c’était sans compter sur le vécu de l’adolescente qu’elle tenait à nous faire partager « Ah non…. Pourquoi sept fois… Quel temps perdu ! ».

   Je ne sais quel bouton avait été enclenché, mais l’éphèbe tressautant sur son siège en glapissant quelques sons roques d’aurochs et de camélidés fut au bout de sa vie de vénère qui s’acheva dans un ultime hoquet :  « Ouais trop cool ».

   J’ouvre une nécessaire parenthèse au sujet d’une technique employée par les méharistes du Sahara, pour abreuver leurs Camelus dromedarius.
   Vous percevez l’importance de l’eau dans le désert, il n’y a pas de fontaine à tous les coins de rue ! Le Touareg se place subrepticement derrière l’animal, tenant dans chacune de ses mains deux briques de terre cuite.
Alors que le chameau d’Arabie est plongé dans la délectation de boire l’eau fraîche de l’oasis, son conducteur écrase ses attributs de mâle dominant entre les deux briques.
Sous l’effet de surprise (my god!) la victime aspire une très grande rasade d’eau….

   C‘est ce cri de douleur qui me fit penser au son de la voix de l’ado-bubonique…. L’homme ayant omis d’enlever ses pouces au moment ou, de toutes ses forces, il écrasait les testicules du chameau ! 

   Il est vrai que la jeunesse de maintenant à la langue bien pendue et bien que ne pratiquant plus la langue de Molière, les jeunes filles savent s’en servir en ne la gardant pas dans leur poche ni en collant des timbres, les S.M.S ont ceci de bien, ils n’en ont pas besoin .

   Je reste baba (comme on disait autres fois) en écoutant les expressions utilisées par les ados.

   Si l’intervenant veut que son objection ne finisse pas comme déjection dans le caniveau de l’imagination de son destinataire, il faut du « hight level…Comme si il était BDR ….Deter a mené sa meuf au zbeul… La fin de sa vie..Cette gow ça passe crème »

   Quand on sait ce qu’on sait, qu’on voit ce qu’on voit et qu’on entend ce qu’on entend… On a raison de penser ce qu’on pense.

   Exprimer son opinion revient à partager le point de vue de votre interlocuteur la plupart du temps.
   Encore faut-il qu’il vous voit, vous entende ou vous écoute.

   Ce dernier se fout comme de sa première vérole de votre propre ressenti et s’appuie sur votre neutralité pour conforter sa propre opinion.

   Vous occupez la place privilégiée du « faire valoir »... Comprenez que vous êtes un personnage de peu d’importance aux yeux du pénible qui vous exploite ce qui revient à  »se faire avoir  ».

   Il est temps de découvrir quelle importance vous avez aux yeux de votre entourage et quel crédit on accorde à vos conseils ou à vos avis et dans le cas présent à vos parutions.

   Ces individus ont besoin de votre soutien passif, de vos acquiescements, de vos sourires naïfs, de cette complaisance qui est une pollution passive comme les ronds de fumée bleu de la mortelle cigarette qui semble vous dire : restons entre nous.

   Ils fondent leur réputation ou leur emprise sur votre présence muette et votre passivité.

   Le système de troc fonctionne ainsi sur les blogs : 
   «Je viens lire tes publications à condition que tu notes mes élucubrations….. Et si tu ne trouves pas que mes petits chiens ou chats sont mignons… De mes satisfactions, il n’en est plus question ! ».

   S’extasier devant les N.A.C. Des nazes quel pied !
    Se confondre en de lubrifiantes et mielleuses congratulations « congratulantes » pour un avis bien léché.
   Caresser un avatar dans le sens du poil, surtout si son propriétaire est une femme, revient à partager un gâteau au yaourt ( Sec et insipide…Car sans lipides) lors d’une réunion Tupperwear

   « Je pense que… »

   Cette insulte à la présence de celui que vous portez très haut , résonne comme un coup de fouet.

   Il s’en suit un lourd silence durant (ou Dupond) lequel les yeux gourmands des chercheurs de victimes se tourment vers vous.

   Enfin ils ont trouvé leur victime.

   Le bourreau faisant son office, il vous porte le coup de grâce :

   « t’as une opinion..tu penses toi ? ….ben ça alors ! » et il ajoute pour être bien sûr que vous n’allez pas vous relever : «  si tu pensais…cela se saurait »

   Massacré que vous êtes, laminé allez-vous rester ? Pourquoi …parce qu’un jour vous n’avez pas saisi cette chance qui vous avait été offerte

   Vous aviez l’opportunité d’exister, de vous exprimer, de donner votre opinion, de devenir « quelqu’un », d’être Libre d’avoir un avis différent de celui ou des ceux qui parlent à votre place…..et vous avez laissé passer cette chance.

   Voici ce que pensait de vous votre interlocuteur :

   Lui ne me disait mot, je ne répondais rien
C’est ainsi que finit ce superbe entretien. 

   Alors toujours décidé à vous taire ?

.

©Philippe X – 21/03/2019

 

5+
En roue libre | [email protected] | Site Web

'' nul n'est prophète en son pays''...c'est pour cette raison que je voyage.
''Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit.''...vous êtes mes invités, au banquet de la littérature....

Lien Permanent pour cet article : https://www.plume-de-poete.fr/valse-de-mots-et-dexpression-philippe-x/

7
Poster un Commentaire

avatar
3 Sujets de commentaires
4 Réponses de commentaires
2 Suiveurs
 
Réaction sur ce commentaire
Le plus important commentaire
4 Commentaires des Auteurs
loupzenBéatrice MontagnacFattoum AbidiPhilippe XChristian Satgé Commentaires récents des Auteurs

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S'abonner  
Plus récents Plus anciens Plus de votes
Me notifier pour :
Béatrice Montagnac
Membre

Bonsoir Philippe un texte comme un message envoyé avec la vertueuse du verbe à donner la réplique qui s’applique à comprendre le langage d’un chacun, et parfois l’interprétation peut mené au désastre
Bravo loup pour hurler avec la langue de Molière l’incompréhension d’une communication entre les êtres
Douce soirée je t’embrasse amitiés loup
Béa

Fattoum Abidi
Membre
Fattoum Abidi

Bravo Philippe pour ce majestueux et profond texte qui traite beaucoup de sujets. Et qui ont trait à la vie sociale à la communication avec autrui, à la langue de Molière qui disparaît de plus en plus pour être remplacée par des jargons inventés. Et qui nous arrivent depuis l’argot ou depuis un mot vide de sens. Vous relevez aussi tacitement le manque des vertus dans certaines lectures, dans certains comportements et ailleurs. I l est vrai que chaque siècle nous côtoie avec des changements nouveaux et des rituels inhabituels. Et c’est le processus normal d’un temps qui change. Mais… Lire la suite »

Christian Satgé
Membre

Non je ne paierais mon admiration pour ce texte et les neurones de son auteur qui manie la langue avec délectation et fait de sa lecture un délice quasi-inavouable. Merci Loup pour ce partage et bravo de jongler avec les mots et les expressions avec autant une virtuosité qui n’oublie pas d’être un message…

Optimization WordPress Plugins & Solutions by W3 EDGE