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Nov 20 2016

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Sept ans de malheur – Raymond Delattre

     champi

     La constellation de l’éléphant n’est jamais visible à l’œil nu. Il ne s’y trouve pas âme qui vive. Elle ressemble à la page blanche, le plus beau des poèmes, celui qui ne comporte pas un mot de trop !

     L’oxygène fait défaut sur les astres lointains. Il commence à se raréfier sur la Terre aussi : bientôt tout le monde devra porter un masque à gaz pour pouvoir survivre !

     Un chanteur plutôt naïf voulait célébrer les merveilles du monde actuel, mais, contre toute attente, l’écho de ses lamentations arracherait des larmes aux rochers les plus durs…; c’est pourquoi plus personne ne veut l’écouter ! Il s’en est trouvé ruiné mais ne s’en plaint pas trop, puisque les princes eux-mêmes n’ont pas besoin d’argent ! Néanmoins il n’a pas encore bu la lie de tous ses déboires ! Il encourt de graves ennuis avec la police parce qu’il a consulté sur le Net un spécialiste des nains de jardin.

     Depuis que tout tourne mal pour lui, les rues de son village natal ont bien changé ! Il n’y a plus d’artisans à la rue des artisans, il n’y a plus d’usines à la rue des usines, il n’y a plus de moulin à la rue du vieux moulin, il n’y a plus de putains à la rue de la joie, il n’y a plus de poètes à la rue E. Verhaeren !

     C’est près d’un cloaque plein de flaques opaques qu’il s’est à présent retiré dans une infâme baraque en bois dont les murs craquent à chaque claque du borée par trop souvent d’attaque ! Cà se trouve à proximité de l’endroit où l’autoroute coupe en deux le petit bois, non loin de la boutique de chapeaux pour les gens sans caboche ! On croyait que le seuil avait déjà été atteint, mais il constate encore une augmentation du sale air dans les environs !

     Son amie l’a plaqué sèchement depuis qu’il n’est plus rien. Leur idylle semblait pourtant une belle flamme qui brille pour l’éternité au fond d’un vase de cristal ! Ils avaient fait leurs grands accords pendant leurs fiançailles mais depuis qu’ils sont allés au curé, il y a eu une mouche dans l’horloge de leur ménage ! Pourtant cet amant délaissé peut s’exclamer comme Sardanapale : « Ils sont à moi, tous mes festins, tous mes débordements, et toutes les délices que l’amour m’a fait goûter ! » Hélas ! sa belle ne faisait grand cas de lui que parce qu’elle chérissait, par-dessus tout, son argent !

     En ces circonstances, les couplets et les ris sont absents de son humble demeure, seuls les corbeaux et les loups chantent leur mélancolie dans le voisinage ! Il n’ouvre plus la porte à ses anciens amis, il ne veut plus prêter une oreille complaisante aux faiseurs de ritournelles !

     Il reste enfermé seul chez lui pendant des mois entiers, ne recevant de visite, dans sa cour herbeuse, que d’un vieil hérisson peu expressif ! Mais en de rares occasions, lors de guindailles namuroises particulièrement endiablées, il se vante encore d’avoir bon et d’être « bien aise » sur sa petite planète (quoiqu’il sache parfaitement qu’on n’a jamais que le bien qu’on se fait) !

 

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Belge francophone. Réalise un "Atlas universel des Peuples depuis 2000 avant notre ère jusqu'à l'an 2000". Publie en 2016 le recueil de poèmes en prose "Bric-à-brac" chez Edilivre. En 2017 publie chez Atramenta un livre ethno-historique "Langues et origines des peuples de l'Europe antique". Un nouveau recueil de poèmes "Comme dans un conte" chez Atramenta et plusieurs Ebook gratuits sur ce site (qui peuvent être téléchargés)

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