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Nov 17 2018

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Regards – Serge Campagna

Le retard de ce train sera peut-être béni.

L’avenir le dira. Ou ne le dira pas…

Tuer l’attente vaut mieux qu’occire l’agent qui renseigne au bout du quai : se retrancher vers le buffet de la gare.

Le temps étale sur ses murs un laps tentaculaire. Un café, odorant c’est déjà ça, patiente sur la table.

Sans abuser de ses vapeurs débonnaires, j’observe mes congénères. Je suis rassuré : leurs activités sont aussi sottes et oisives que les miennes. Le lieu s’y prête.

Après une lente investigation circulaire de l’espace, mon regard s’immobilise sur son visage. Vague, il flotte dans une nostalgie évanescente.

Offrir le temps aux ondes de musarder entre nous.

Après quelques minutes de fixité, l’atome de regard soulève un léger frisson sur le corps de l’observée. Gagné ! Elle manifeste une gêne soudaine !

Mon œil scrutateur conserve son insistance. Lentement, les yeux espérés ne manquent pas de se présenter dans son axe.

Emoi immédiat. Envoûtement soudain.

La lueur de l’iris, embuée de nuages obséquieux manifeste un vieux souvenir de pétulance. Enigmatique.

Je lis de la tristesse, je devine de l’espoir, de l’agacement, du questionnement. J’insiste.

Le regard soutient mon regard. Le temps s’allonge sur une conquête mutuelle.

Notre horloge biologique attend la seconde d’après.

La sienne semble s’imprégner de mon impudence. La mienne voyage déjà sur les flots ambigus de ses possibles.

Un paysage nouveau s’esquisse. Un ciel vaste sur des promesses de noisettes, de troncs ridés, de haies discrètes.

Le visage se détourne.

J’absorbe ma tasse de café afin de revenir prestement à la découverte en chemin.

Le visage est revenu.

Les yeux, désormais secs, installent leur horizon dans les miens avec permanence et précision.

Œil dessus œil dessous nous cheminons ensemble.

Les fossettes se tendent pour m’envoyer un signal de connivence épanoui. J’en ai le cœur qui bat.

Elle se lève et avance. J’en ai le cœur qui flanche.

Je me prépare à accueillir cette escale bienvenue avec le détachement nécessaire.

J’ouvre grand mes poumons. Je plisse les yeux.

La porte claque. Elle a disparu

.

Serge Campagna

.

 

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Je suis arrivé en 1955 en Dauphiné et l'ennui de l'enfance m'a vite poussé vers les mots et leurs majestueuses farandoles.
J'eus très tôt la chance et le bonheur de croiser la route de maîtres qui me firent voyager sur les phrases de Musset, d'Apollinaire, de Baudelaire, de Cendrars...
Ma propension au sourire m'ouvrit plus tard les grâces de Bobby Lapointe, de Cavanna, de Desproges...
Puis, il y eut Guillevic, Max Jacob et l'immense Francis Ponge... En parallèle, s'immiscèrent Giono, Ramuz, Gougaud...
Depuis, mes textes recherchent le flot serein du voyage, les cataractes de la révolte ou les rives ombragées de l'harmonie.

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Anne Cailloux
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Mince, je pensais que tout était possible avec la SNCF..
Il à presque manqué de peu l’espoir..
les quais de gares ont toujours étés très spécial…
Anne