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Mai 28 2016

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Poème à Charlie et autres morts…. – Christian Dumotier

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Poème à Charlie et autres morts

Paris faisait la grasse matinée

dans les draps froids de janvier

Hier on était un 7 janvier

La brume sensuelle des matins d’hiver

s’effilochait sur les balcons haussmanniens

Aragon dans sa tombe susurrait sa comptine:

«C’était un temps déraisonnable,

on avait mis les morts à table…»

De gros nuages vert-tendre

déployaient des trésors de tendresse

pour franchir les portes de Paris.

Le zinc des cafés sentait bon le propre

et les passants emmitouflés

dans leurs écharpes criardes

se faisaient peur

en traversant la rue Appert.

La voiture noire est sortie de nulle part

des égouts peut-être

et deux herbes folles

et deux chiendents de satin noir

comme de pauvres vomissures

ont craché la mort et le silence

«C’était un temps déraisonnable,

on avait mis les morts à table…»

Le sang échafaudait des caricatures

sur le blanc des feuilles

qui sentaient encore l’alchimie des feutres

sur le coin des tables

sur le bariolage des murs

et l’ombre blême du plafond

qui n’en demandait pas tant

Ils étaient onze révoltés

onze à boire la vie à en mourir

onze étonnés de tout

onze à jeter l’humour par les fenêtres

Puis les deux scarabées

ont poussé leur boule de haine

sur le Richard Lenoir,

Les ombres fuyaient devant eux

en chuintant dans les caniveaux

et les sirènes

qui s’étonnaient de tout

éclataient dans l’air assassin

Ahmed la petite hirondelle

sur son vélo tout neuf

patrouillait dans les nuages

et cousait des rêves pour sa femme

quand il a rencontré la mort

elle faisait mine de rien

au bras des deux mirages

mais le coup est parti

dans sa tête

pour un dernier bal masqué

dans le noir infini

«C’était un temps déraisonnable,

on avait mis les morts à table…»

La nuit

les armes et les sirènes

ont vidées leurs poubelles de peur.

Au petit matin du 8

Montrouge aussi était apeurée

et pour une fois les voitures se taisaient.

Clarissa pensait une dernière fois

à ses jeux dans la mangrove

Sa peau noire

enluminait le bleu de sa veste

Clarissa était toute neuve

avec un sourire de campanule

qui a pris des teintes d’inquiétude

quand la mort a haussé le ton.

«C’était un temps déraisonnable,

on avait mis les morts à table…»

La porte de Vincennes

n’est pas loin à pieds

les étals tout emmitouflés

sentaient bon le velouté des épices cashères.

Le 9 janvier au bout des rayons

chargés de tout et de rien

la mort a fait son tour d’honneur

sous les vivats nauséabonds des monstres

avec dans ses bras

quatre autres enfants

de France

«C’était un temps déraisonnable,

on avait mis les morts à table…»

Le 10 et le 11 nous étions seulement

quatre millions

et si forts pourtant!

L-attentat-contre-les-locaux-de-Charlie-Hebdo-a-fait-12-morts

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10 main

Christian Dumotier

Le 12 janvier 2015

2+

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Anne Cailloux
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Il me parle ce texte. Pour avoir connu personnellement Jean (Cabu,) cela me touche au plus haut point…
cela reste un cauchemar pour moi
Anne

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