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Mar 15 2020

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Phuri Daie… – Philippe X

 

« La vieille Femme »

 

    Incroyable mais vrai. Au cours de ma vie, j’ai trop souvent fréquenté celle qui arpentait le trottoir du cimetière.

    La grande dame brune me promettait que mon temps de dupe était révolu, et que je n’aurais plus jamais à courber la tête.

    Mais voilà, les promesses n’engagent que celles et ceux qui les écoutent.

    Dans le monde des Nomades, la mort revêt une importance capitale.

    C’est un mélange de revenants, d’esprits malins et de diable (le Bengh ) de superstition et de croyances d’un autre âge.

    Les faits que je vais vous relater ont été bien réels, je ne les tire pas de mon imagination, libre à vous de penser ce que vous voulez.

    Les événements se précipitaient avant notre départ en direction de CANNES

    Les nouveaux occupants de mon terrain avaient fait le ménage, et maintenant régnaient en maître sur le microcosme romano.

    Quelques jours précédents notre départ, j’avais bu le café en compagnie  de la mère des nouveaux propriétaires. J’avais reçu l’invitation d’une de ses belles-filles, fait très rare.

    La vieille femme était assise sur les marches de sa caravane, l’air pensif, sirotant un ersatz de café… je suis resté dehors comme le veulent les us et coutumes.

    Sa belle-fille, à ses côtés, ne pipait mot, aspirant bruyamment de petites goulées de café, l’air était vif, le camp étrangement silencieux.

    Même les habituels curieux qui venaient roder aux alentours de mon camion à chacune de mes visites, avaient dû ce matin-là rester au lit.

    L’Ancienne restait muette, sa bru continuant à aspirer son café, fixant le sol du regard. Aucun homme de la famille n’était présent, ce qui constitue un grave manquement, et en d’autres circonstances, cela m’aurait valu de sérieux problèmes.

    À ma dernière lampée de café, j’ai rendu le bol vide à la belle-fille qui, à mon grand étonnement, pivota sur elle-même pour entrer dans la caravane, me laissant le bras tendu, seul face à la vieille mère.

    Alors que je ne savais quelle attitude adopter, l’ancienne releva le menton et planta ses yeux dans les miens tout en ce saisissant du bol.

    J’ai touché ce jour-là un câble de vingt mille volts.

    J’étais tétanisé, sans réac­tion aucune, pétrifié. Je ne sais combien de temps a duré cet instant de statue de sel.

    La vieille Manouche est rentrée dans son logement nomade sans prononcer une parole, sa belle-fille en se mettant face à moi avait un visage serein, reposé comme rassuré.

    Je n’ai rien compris, certainement ai-je dû les traiter de « puri yalli y dinli »  (vieille folle) .

    Qu’ai-je fait après ? Mes souvenirs se perdent dans les couloirs du temps.

    La vieille femme a rejoint ses ancêtres peu de temps après ma visite.

    Le temps de la crémation étant passé, les restes de la caravane ont été dispersés dans mon chantier de récupération de ferraille et de démolition.

    La nuit suivante, petit temps frisquet d’Auvergne, les chiens aboient et se ruent comme seuls ces idiots de chiens savent le fair, m’obligeant à me lever.

     Ils étaient à l’arrêt, vociférant devant une silhouette qui, de loin, semblait flotter vaguement.
     J’ai actionné le bouton de la lampe électrique, les chiens se sont tus, pour cause, il n’y avait plus rien à voir. Hallucination mon cher Watson, il est urgent de consulter ou de changer de marque de boisson alcoolisée. 

    Retour au bercail pour les chiens qui, au passage, s’excusent du dérangement, puis plongeon dans mon lit, mais avant cela : « vas voir ce qu’elle a la Sarah et fait le biberon du Pierre, c’est toi le papa ».

    La nuit suivante, derechef, les chiens aboient la caravane passe.

    La silhouette est de face, elle paraît grande, sa robe flotte à quelques dizaines de centimètres du sol. Je distingue nettement la tenue vestimen­taire.

    Elle est composée d’une jupe longue évasée à sa base, de couleur gris clair, d’un chemisier à fleurs délavées et d’un châle de laine écrue sur les épaules. Sur des cheveux longs gris, est noué un morceau d’étoffe dont je ne distingue pas la couleur. Je ne vois pas son visage, il est peut-être 2 ou 3 heures du ma­tin.

    À la différence de la veille, les chiens sont assis sans maître (fallait bien que je la fasse celle-ci) ils ne grognent plus et ne manifestent plus d’animosité.

    Tout est calme sauf… Moi !

    On dirait la mère du Riton, La « PHURI DAIË » je n’en crois pas mes yeux.

    Si jamais je raconte cette vision, je vais passer pour un fou. Bêtement, je lève le bras et agite la main en signe de salut… J’aurais peut-être dû lui offrir le café, la nuit est fraîche !

    Encore une fois, en quelques secondes, cette apparition disparaît, me laissant en compa­gnie des chiens complètement pantois. Regagnant ma couche, je me promets bien de ne rien dire à Cathy, mais il faut que j’aie une discussion avec la famille.

    Durant les nuits suivantes, le phénomène se reproduisit.


    Dans les jours qui suivirent ces apparitions, je n’ai pas vu la queue d’un manouche chez moi. Un matin pre­nant le courage qui me restait à deux mains, j’ai enfilé mon énième café, et vent debout, je file dans cette fa­mille.

    Reçu par l’aîné des garçons, et avant que commence le rituel du «tu veux un café », Il a bien vu que quelque chose ne tournait pas rond ; d’un signe de la main, il a renvoyé les spectateurs et la nuée de marmaille qui s’agglutinait à nos basques.

    « C’est à cause de la camping que tu veux quelque chose ? » 

    Le mot camping est un générique désignant une caravane en général ; je n’ai pas besoin de lui fournir d’explications supplémentaires. Le café avalé en de bruyantes aspirations, je repars une fois qu’il m’ait dit     « je vais m’en occuper »

    Effectivement depuis ce jour précis, je n’ai plus eu de visions sur mon terrain.

    Dix jours se sont écoulés, nous sommes arrivés dans les Alpes Maritimes….

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©Philippe X – 15/03/2020



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Christian Satgé
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Une histoire de revenants au goût de revenez-y. Merci Loup et donnes-nous la suite de tes aventures. Amicalement…

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Simone Gibert
Membre
Simone Gibert

Merci Philippe, pour votre histoire qui nous tient en haleine !

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ChanTal-C
Modérateur
ChanTal-C

Bonsoir Philippe,
Vos récits sont fascinants. Ils se lisent sans s’arrêter.
Merci pour ce partage
Amitiés

Chantal

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