«

»

Sep 20 2017

Imprimer ce Article

Parler avec un pinceau à la main – Philippe X

  J’ai rencontré une femme qui avait quelque chose à dire

  Elle le disait avec ses pinceaux…. oui !  peindre, c’est aussi s’exprimer.

  Pour ma part, les seuls pinceaux que je connaissais, étaient ceux des frères Ripolin, les trois gugusses qui se peignaient le dos.

…Quoique peut être une fois ai-je dû peindre une girafe…mais c’ était il y a fort longtemps.

  Ce cheminement qu’est ma vie, m’a offert de sacrées opportunités.


Il est des êtres sortant de l’ordinaire, des gens ordinaires qui font des choses extraordinaires et des êtres extraordinaires.

  La femme dont je vais dresser le portrait appartient à la troisième catégorie.
Elle s’est glissée dans la peau d’une artiste-peintre, comme pour se camoufler et ne pas se faire repérer….car elle a des comptes à régler…


Autodidacte en tout, elle a poussé dans la vie, sans tuteur.

  Ses professeurs se nommaient, ”us et coutumes, traditions, parole donnée et respect”.


Pourtant, elle Possède une solide formation en solfège, elle est une virtuose de l’accordéon depuis sa plus tendre enfance. 

  Plusieurs fois distinguée avec médailles d’or à la clef, diplômes d’honneur, elle a été désignée par son père pour jouer de cet instrument.

   Pourquoi ? Je l’ai découvert il y a peu de temps.

  Le grand-père paternel jouait de l’accordéon dans un « jazz-band » de l’après guerre.Cet ancêtre est décédé avant de connaître le visage de son fils et donc de sa petite fille.

  Pour des raisons qu’un jour, je révèlerai, elle a rangé son piano à bretelles.

La dernière fois qu’elle a fait vibrer l’air et chavirer mon âme, c’était lors de l’interprétation d’un air traditionnel tzigane « les deux guitares ». Notre fils Pierre l’accompagnait à la guitare.

  Elle peint.

Difficile d’exprimer ce qu’elle ressent. Cet artiste-peintre est trop discrète pour se mettre en avant.

  Elle déclare que ses œuvres ne méritent pas la place que j’aimerais qu’elles occupent.

  Ce n’est pas de la fausse modestie… Et puis l’héritage est là, pesant, n’offrant pas à la “femme” la place qu’elle mérite d’occuper… La burka n’est pas loin… Que Dieu nous pardonne.

  J’ai mis très longtemps à comprendre et encore plus à accepter les raisons profondes de son attitude.

  Elle ne cherche pas à plaire… elle cherche à communiquer.

  S’exprimer est dangereux dans certaines sociétés surtout pour une femme. 

  La place occupée par les membres de la famille n’est pas due au hasard, les rôles sont bien définis par le père et les anciens.

   Changer l’ordre établi tient de la révolte, l’insoumis se verrait mis au banc de la famille. 

  Alors à défaut de coups de flingue pourquoi ne pas utiliser le langage de la peinture. C’est plus subtil.

J’ai ressenti à la lecture de ses tableaux des témoignages de traumatismes anciens.

  Sa volonté de se débarrasser du joug de ses vies passées, des blessures de son enfance, se traduit par un étalage au grand jour, en pleine lumière avec des couleurs sacrées comme le sang, l’or, le feu.

  Encore une fois un lourd secret est présent.Les tableaux sont en relief.  Un peu comme si elle désirait supprimer la platitude, la banalité infligée par les auteurs de ces traumatismes.


.
  Elle espère que ces actes ne soient plus considérés comme normaux mais en tant que actes graves et punis ;

  Elle se sert de matériaux ramassés sur le sol de la Camargue : sables de divers origines, bois flotté, crins de chevaux, poils de taureaux, objets délaissés auxquels elle redonne vie.

Ces éléments sont incorporés à la peinture et ne surchargent pas l’œuvre, ils la complètent.


Ce rituel de mort appelé «la tauromachie» est très présent dans ses représentions.

   Un sujet pour lequel tant de bla-bla ont été déversés pour masquer les cris des bêtes qui souffrent, des anti-cruautés qui hurlent ‘liberté pour ces pauvres bêtes” avant de s’empiffrer de hamburger chez MC Dodo à la sortie des arènes et des pour que la bête qui se trouve en moi meure…..  mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente.


Pour cette artiste-peintre cela est tout autre chose.

  ”C’est l’éternel combat du Bien et du Mal, le “Sang i or”, c’est la lutte pour la vie, l’Homme face à lui-même, la Mort, la Pauvreté, l’Oubli, l’Intolérance, c’est la Comédie Humaine… Comparaison entre Humanité et Animalité..


Je vais me lancer dans ce que j’appelle de la “psychologie à quatre sous, de bazar ou de bas étage”.

  La partie majeure de ses réalisations dépeint des scènes de combats entre un taureau et un homme, le toréador.

  Ce furent ses premiers mots d’artiste.

  Un humain en possession d’une arme promet la mort, la fin de vie à un animal.
Cette fin est programmée suivant un rite bien codifié, dans un endroit bien spécifique et suivant un cérémonial avec des règles acceptées par l’animal, par l’acteur et le spectateur.


L’animal, un taureau noir, puissant, représente la bestialité, l’homme dans ses plus bas instincts, le danger pour une femme, la dictature du mâle sur la féminité.


Le toréador, en habit de lumière, resplendissant, en positon de supériorité, monsieur Loyal et frère de Monsieur Propre arrivent en justicier pour venger notre artiste.


La sphère dans laquelle se déroule cet arrangement est un vase clos.

  L’arène, ce sont ses propres souvenirs, ses blessures, ses attentes en matière de comptes à régler, sa vision de l’Homme-ancêtre, père et mari – son univers en quelques sortes.

Et ce drame que lui provoque des souvenirs, elle veut le montrer en plein jour, devant témoins, suivant un cérémonial qui donne de la légitimité et de la crédibilité à cet acte officiel qui se veut être une revanche sur les poids des traditions imposées par sa filiation…. non pas une vengeance.


Règlement de comptes à ”OK CORRAL” serait galvauder cet acte d’une infinie importance pour elle.

  Après cet arrangement sans haine, mais justifiant la fin catégorique de quelque chose, son esprit, enfin libéré, a retrouvé le vagabond qui sommeillait en elle.

  Communiquer sur d’autres scènes de cet art, avec un taureau plus gros face à un matador plus «hispanique », des habits de lumière endossés par des femmes, approfondir des détails n’a plus cette importance cruciale. 

  Elle a réglé, en mettant au grand jour, ce qui depuis trop longtemps l’empêcher de vivre en tant que femme libre.

  Même si les changements ne furent pas flagrants dans sa vie, c’est sa volonté à elle seule de vivre sa vie comme elle l’entend…

   Et si on demandait au taureau avec ses deux oreilles coupées ce qu’il entend par là ?

*

  ©Philippe X – 

3+
En roue libre | [email protected] | Site Web

'' nul n'est prophète en son pays''...c'est pour cette raison que je voyage.
''Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit.''...vous êtes mes invités, au banquet de la littérature....

Lien Permanent pour cet article : https://www.plume-de-poete.fr/parler-avec-un-pinceau-a-la-main-philippe-x/

5
Poster un Commentaire

avatar
2 Sujets de commentaires
3 Réponses de commentaires
1 Suiveurs
 
Réaction sur ce commentaire
Le plus important commentaire
3 Commentaires des Auteurs
loupzenBéatrice MontagnacChristian Satgé Commentaires récents des Auteurs

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S'abonner  
Plus récents Plus anciens Plus de votes
Me notifier pour :
Béatrice Montagnac
Membre

Bravo c’est une grande émotion de te lire là tu nous présente avec sensibilité une belle artiste dans l’âme, peindre c’est un art vivant tout comme la poésie qui parfois s’accorde avec et donne au poète l’aspiration
merci l’ami

Christian Satgé
Membre

Bravo et merci de m’avoir fait découvrir ce texte à côté duquel je suis passé à côté. impardonnable. Un texte plein d’amour et d’admiration et de cette force que donne un sentiment quand il est sincère et donc durable et donc empreint d’admiration… C’est le portrait d’une véritable artiste que tu dresses là car quel que soit son domaine c’est avec son sang que s’exprime cet animal, par essence marginal voire asocial, c’est-çà-dire avec ce qui’l a de plus profond au fond de lui/elle. Merci pour cet intense moment…

Optimization WordPress Plugins & Solutions by W3 EDGE