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Nov 13 2017

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Page deux cent huit – Sara Diluna

Je tournai mon regard vers le haut et je lis : « La Chambre du dessus ». Tel était le titre de l’ouvrage gentiment rangé dans une sorte d’étagère métallique. Ce livre, à la couverture verdâtre, attira mon attention. On y voyait des arbres qui ressemblaient très fort à des oliviers. Je pris le manuel en main, par simple curiosité et un soleil radieux subitement apparut à mes yeux. Un phénomène étrange que je ne saurais vous décrire. On aurait dit que Mercure en était l’auteur. Ce bouquin, que j’avais eu l’audace d’admirer du coin de l’œil, était magique et puissant. Par son génie divin, il venait de me transporter soudain vers un autre lieu, encore plus fou et mystérieux.
Voici que j’étais à présent vêtue d’un maillot de bain fleuri en train de chantonner sous les cocotiers.
A ma grande surprise, je n’étais pas seule. Près de moi, il y avait un groupe de musiciens qui dansaient et riaient  de joie.
     « Où suis-je ? » demandais-je à l’un d’entre eux.
Un guitariste à l’allure méditerranéenne et au teint basané me répondit, sourire charmeur aux lèvres.
     « Bienvenue à Foollyk, belle demoiselle »
     « Foollyk ?, késa kosa ? » fis-je d’une voix tremblotante.
     « Foollyk, c’est l’île des poètes. Vous êtes ici en Amérique Latine, beauté blanche. »
     « Mais, je ne comprends pas. Il y a quelques instants, je contemplais paisiblement la pochette de couverture d’un certain ouvrage chez moi et puis vous qui me dites que je me trouve au Brésil ou je ne sais où, dans une espèce d’île que l’on appelle la Folie ».
     « Foollyk, fascinante petite créature ».
Le mexicain me prit alors dans ses bras avec un sourire tellement large que l’on pouvait découvrir un serpent monstrueux.
     « Vous lisez trop », me dit-il enfin en me relâchant avec délicatesse.
     « C’est votre imagination qui vous joue des tours. Chaque année, nous voyons atterrir sur cette île des personnes comme vous, passionnées de lecture. Mais venez plutôt dans ma hutte, je dois absolument vous montrer quelque chose ».
Je suivi donc l’argentin qui me conduisit vers une espèce de cabane en style indien et priai à chaque pas pour qu’il n’y ait pas une sorte de boa géant ou autre reptile dans le genre qui m’attendrait à l’intérieur de son abri.
     « Je m’appelle Magellan » dit-il d’une voix rauque et sexy.
La façon dont ce bipède bronzé prononça son nom me fit vibrer d’extase.
     « Vous allez bien, Miss ? »
     « Euh oui oui », répondis-je éthérée.
Il se dirigea alors vers une petite pièce derrière la tenture exotique et réapparut soudain avec un bouquin en main.
Il ouvrit le produit édité à la page deux cent dix. Heureusement pour moi, il était transcrit en langue française.
     « Je possède également une version espagnole, mais voici le passage que je voulais absolument vous montrer ».
Il indiqua de son index, brûlé par les rayons du soleil, les lignes qu’il fallait que je lise à la page deux cent huit.
… UN SERPENT SURGIT ALORS, VENU TOUT DROIT DU FROID ASTRAL. IL OUVRIT SA BOUCHE   IMMENSE ET UNE LANGUE DE FEU MONSTRUEUSE APPARUT BRUSQUEMENT ENTRE SES DENTS…
     « Pourquoi vous me faites lire cela ? »
     « Je voulais simplement vous rappeler, beauté blanche, qu’il est temps à présent d’aller vous mettre au lit ».
Je levai la tête et dirigeai mon regard vers l’horloge déposée sur le meuble de mon salon. Elle indiquait deux heures huit du matin.
Je mis un repère à la page deux cent huit afin de faciliter ma lecture pour le lendemain. Je sentis mes paupières devenir lourdes. J’enfilai ma robe de nuit et me glissai sous les draps. Plongée dans un sommeil profond, voici que j’étais à présent vêtue d’un maillot de bain fleuri en train de chantonner sous les cocotiers. A ma grande surprise, je n’étais pas seule. Près de moi, il y avait un groupe de musiciens qui dansaient et riaient de joie.
     « Où suis-je ? » demandais-je à l’un d’entre eux.

 

© Sara Diluna – 13/11/2017

 

 


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1 Commentaire sur "Page deux cent huit – Sara Diluna"

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Alexan
Invité

Belle écriture où la poésie se vêt 😊
J’ai adoré
Merci

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