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Juil 11 2019

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Ouais et alors…- Christian Satgé

Je suis orphelin de mon enfance et de ses ris,
Du temps où j’étais frivole comme parole
Et qu’on me voulait réfléchi comme un écrit,
Sage comme une image, bref un triste drole
Dressé au plus tôt à tenir, demain, un rôle.
C’était l’époque où notre école avait des bancs
Où nous usions en chœur nos courtes culottes,
Salissions nos blouses grises sans ruban.
Plumiers de bois, encre de seiche et calottes
Nous faisaient lors un quotidien sans parlote.
 
Comme papillons bleus, comme papillons blancs
Qui, au vent, à travers prés, à travers champs, volent,
Vont, viennent, évanescents, virevoltants,
S’éparpillent, s’enfuient comme lucioles,
Ces heures sans faux fuyants, sans faux semblant,
Furent fugaces, mêlant troublant et tremblant,
La peur et le bonheur voire l’insouciance.
 
Car nous étions chenapans aussi, chapardant
L’épicier roublard qui, malgré surveillance
Et méfiance, se retrouvait toujours Gros Jean
Comme devant grâce à notre bienveillance !
Il promettait le cachot, la corde ou la cloche
À ces galapians qui galopaient au loin,
Ces gamins si malins à l’âge des galoches,
Ces gosses se gaussant,… Oui, tous ces fils des foins
Devenus hélas rats des villes mais encor’ filochent,
En gens d’argent, méritaient alors des taloches.
 
Nous allions, à cet âge qu’on disait ingrat,
Qui n’a passé mie à d’aucuns, sans petitesse
Ni scélératesse, deci, de là, moins gras
Que ces boutiquiers dont la grave rudesse
De l’écorce cachait d’un gros cœur la tendresse.
Car tous ces marmots, marmaillant et trop hardis,
Riaient de leurs bons tours comme folles nonnettes,
Allant cahin-caha, du lundi au lundi
Clopin clopant, de galipettes en patinettes,
L’âme à la noise, aux bêtises et aux clopinettes.
 
N’ayant rien de grand qu’une sotte fierté,
Les Gourmandait toujours quelque grande personne
Qui se gendarmait de peu avec dureté
 – Implacable aux autres et qui, tout haut, le klaxonne,
Mais à soi indulgente – oubliant, en oursonne
Mal léchée que, chacun sait, malgré le courroux
Outré dans lequel elle se caparaçonne,
 Qu’en sa jeunesse, elle, elle hérissonna, et prou.
Alors qu’importent que drolissous polissonnent
Et qu’une cloche résonne sans qu’on la sonne !
 
© Christian Satgé – janvier 2019
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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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