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Nov 23 2018

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Nuit de veille – Serge Campagna

 

Un rimeur rameur rétif à la rumeur rame, rit, ruse et recherche des rimes riches  en Russie.

Ses syllabes s’immiscent, s’allongent et susurrent de simples suggestions subites où surnagent des sucs savoureux.

Toutes de tentacules tenaces elles tambourinent aux tempes ténébreuses qui tentent de retenir des temps illusoires.

De vertueuses voyelles voyagent enfin et visitent des visions versatiles aux versants vaguement versifiés.

La nuit est d’encre.

Elle s’allonge avec vulgarité comme une péripatéticienne experte sur l’indifférence humaine. Elle vend au prix de l’or un plaisir éphémère que la verticalité du curseur vient effacer sans attendre. Il faut compter et compter encore, hésiter, ânonner, heurter jusqu’aux labiales qui se dessinent, timides, au fond de la gorge. Il faut tenter le hiatus, oser l’enjambement, pleurer la diérèse et revenir enfin à la syllabe simple sur le seuil sonore de la prosodie satisfaite.

Les heures deviennent abyssales.

Ailleurs, elles agitent des âmes amusées, absentes et absconses qui abattent les affres de l’âge.

Bêtement, elles battent de basses besognes bâtardes qui baillent des balbutiements bonasses.

Elles  consomment des consonnes qui cancanent et contiennent constantes des combinaisons cubistes et couardes.

Défilent dorénavant des diphtongues diaphanes dotées de doctes dédicaces douteuses qui fendent l’affolement franchouillard du fabuliste affable.

La nuit s’invente un tableau de Soulages.

 

Elle s’éclaire parfois de tonalités subtiles sur le surfil de l’accent. Elle rature les emphases rutilantes pour les rendre à la modestie subtile de l’instant. Elle s’enroule sur les scintillements sagaces de la mémoire. Elle s’amuse du sordide et s’assouplit les méninges dans un jeu de saute-mouton sur les synérèses inévitables et sur les calembours inéluctables. Elle rit de l’avenir qui se dessine soudain joyeux.

Les minutes s’installent d’autorité dans l’immédiat.

Goguenardes elles griment de grimaces des gammes engagées.

Hardies, elles heurtent des horloges honteuses d’être lasses.

Hystériques elles hissent ici les robes isabelle d’hirsutes effigies.

Joviales, elles jurent dans un juron des jeûnes ajournés.

Kafies de khat, elles kiffent un kir en kit kidnappé par une gomme kleptomane.

En larmes, elles limogent lentement de lancinantes litanies lithinées.

La nuit se frange de feulements fauves.

Offerte à la laitance de l’aube, elle file des phrases claires dans la douleur des omoplates. Elle surligne sans hâte les nuances matinales dans les arcanes incertaines de l’écriture. Elle pose une touche subtile et parme dans l’amertume de l’orange. Elle plante une ligne de vie sur l’horizon imprécis des brumes d’ailleurs. Elle dépose lentement les lignes du poème dans le tiroir sombre où le sommeil l’attend.

Harassé et heureux, le poète offre sa fatigue au levant.

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©Serge Campagna

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Je suis arrivé en 1955 en Dauphiné et l'ennui de l'enfance m'a vite poussé vers les mots et leurs majestueuses farandoles.
J'eus très tôt la chance et le bonheur de croiser la route de maîtres qui me firent voyager sur les phrases de Musset, d'Apollinaire, de Baudelaire, de Cendrars...
Ma propension au sourire m'ouvrit plus tard les grâces de Bobby Lapointe, de Cavanna, de Desproges...
Puis, il y eut Guillevic, Max Jacob et l'immense Francis Ponge... En parallèle, s'immiscèrent Giono, Ramuz, Gougaud...
Depuis, mes textes recherchent le flot serein du voyage, les cataractes de la révolte ou les rives ombragées de l'harmonie.

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Anne Cailloux
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Un dictionnaire que je connais mais que j’aurais du mal à poser en rimes, en vers où autres..
je souffle. que de travaille , que de recherche, mais que de plaisirs..
Magnifiques mots mieux placé que jamais.
bravo
Anne

Christian Satgé
Membre

Tout simplement MA-GNI-FI-QUE. Uns perfection poétique quant au rythme et aux sonorités des plus musicales qui fait oublier que le texte soit en prose. Bravo Serge et merci mille fois. Amicalement…