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Mai 14 2019

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Mon festival de Cannes – Philippe X

        

  C’est une étrange affaire que je vais vous conter.

   Sur ma route j’ai croisé tant de gens ordinaires, qui avaient une vie extraordinaire, de ces instants de rencontres je suis devenu le témoin.

   J’ai mis en scène ces acteurs et c’est sous les feux de la rampe qu’ils m’ont offert le premier rôle.

   Au travers de leurs histoires qui furent tantôt déboires tantôt victoires, je leur dois ce que je suis.

   Elle en fera sourire quelque uns qui gentiment auront cette pensée « ce jour là, il avait du pastis trop abusé ».

   D’autres, plus regardant sur le fond et la forme, compteront les vers et les pieds « Cet impertinent nous fait perdre notre temps, ici il n’ y a que des gens sérieux ».

   Enfin les habitués, pas surpris de me lire ici, laisseront traîner un œil magnanime en disant « encore un coup de bluff, mais que va-t-il encore inventer, ce scoop ne sera-t-il pas le dernier ?

   Mes souvenirs me ramènent à CANNES, lieu enchanteur à première vue, mais bien dans mes pompes et la tête sur les épaules, j’en suis vite revenu.

   De petits boulots, avec la Famille nous vivions, notre travail était apprécié à sa juste valeur, au milieu de cette foule de voleurs nous étions les rois.

   Débrouillards, opportunistes , le nez au vent, nous allions chaque jour à la rencontre de l ‘événement qui nous rendrait plus riches le soir en nous endormant.

   Les pauvres se cachaient, honteux de n’être que là pour rappeler aux riches ce qu’ils étaient, pas envieux du sort qu’ils subissaient. L’envie de réussir leur étant passée, ils glanaient le soir à la nuit, dans les poubelles, ce que les nantis leur avaient laissé .

   Leurs ailes avaient été rognées par un méchant banquier ou par un vautour huissier.

   C’est sur le plancher des vaches qu’ils grattaient le sol, oubliant leurs rêves à devenir des aigles, Volant prés du soleil, ils s’étaient brûlés et regardaient tomber un ami, un frère qui lui aussi deviendrait un malchanceux les réjouissait.

   La misère ne se partage pas, c’est seul qu’il faut la vivre, malheur aux vaincus, ils grimaçaient de mauvais plaisirs en les voyant à terre… enfin un plus pégreleux qu’eux.

   Heureux de trouver plus malheureux, il s’en trouverait quelques uns pour les dépouiller du linceul que dame Fortune leur avait si généreusement laissé au moments des adieux.

   Que pouvaient-ils encore espérer, de la pitié, de l’aide, une main tendue… il n’y en plus en magasin et avec quoi auraient-ils bien pu payer ?

   Leur vie ne valait plus rien, il la rendrait à un Dieu qui leur avait promis qu’ils retourneraient en poussière.

   Tout nomades que nous étions, nous possédions une richesse, celle de pouvoir d’un coup d’aile nous envoler pour échapper aux contraintes d’un monde que nous refusions d’intégrer.

   Je sais maintenant que nous étions privilégiés, c’est notre destin d’être les « non bienvenus ».

   Qu’avons-nous fait pour être chassés et pourchassés ? Quel crime a été commis par nos pères pour qu’aucune terre ne nous soit réservée ?

   Pour ma part, je ne vois qu’un don du ciel ou d’autres n’y rencontreraient que difficultés. Je suis citoyen d’un monde et en quelques endroits,  il se trouve les marques que mes ancêtres ont laissé.

   Redescendons sur terre.

   Par le subtil jeu des recommandations et des bakchichs distribués, au Palais du festival, durant 4 nuits nous avons installé des stands pour une exposition consacrée aux équipements aquatiques pour la maison.

   Un architecte Saoudien, portant le traditionnel  dishdash, ou  taoub (la longue robe blanche) coiffé du  keffieh (foulard) traditionnel des Émirats arabes unis tenu par l’agal (ces sortes de tuyaux noirs et assez lourds qui maintiennent le keffieh en place) nous donnait ses ordres.

   Une gravure de mode qui n’a jamais porté le regard sur nous, pauvres nomades.

   Ses « recommandations » nous étaient transmises par un interprète, doublure dIZNOGOUD, qui s’exprimait dans un français approximatif.

   Dans leur lointaine contrée, les fées du business s’étaient penchées sur leurs berceaux… mais pas celle de l’humour !… quelle sale tronche !

   Nous étions surveillés comme le lait sur le feu, fouillés à l’entrée et lors des sorties, accompagnés par des vigiles.

   Nous ne pouvions assurer nos prestations que de 20 heures à 5 heures du matin, sous la constante surveillance de caméras, avec interdiction formelle de nous soustraire à cette vigilance….. et toujours fouillés et palpés à chaque sortie des locaux.

   Vint enfin la dernière nuit, au petit matin nous avons signé la réception du chantier.

   Après avoir installé 600 mètres carrés de parquet flottant de 3 couleurs différentes: noire, rouge et blanc, traversé par « un ruisseau sous vitrage »   et éclairé, dans lequel circulait de l’eau de mer à bonne température avec des poissons en provenance du Sultanat d’Oman…. En FRANCE nous n’avions pas de pétrole mais des GITANS avec du savoir faire !

   Le soir même, les Hommes de la Famille, étaient conviés dans un célèbre restaurant du bord de mer pour recevoir le salaire de ce dur labeur.

   Et c’est à ce moment de notre existence que commence l’étrangeté de cette réalité.

   Notre intermédiaire, qui soit dit en passant empochait une coquette somme d’argent, ne se présenta pas au rendez-vous….. son téléphone était inscrit aux abonnés absents.

   Emportant nos espoirs d’être un jour payés.

   Les 3 jours suivants furent assez longs à vivre. Que faire ?

   Se plaindre aux archers du Roi, c’était donner trop de plaisir à ces Messieurs de l’Intérieur, rieurs de voir les arroseurs arrosés.

   Effectuer des recherches dans le milieu des Alpes Maritimes ?

   C’était éveiller la « gourmandise » d’une bande de joyeux drilles, petits truands ou « des demi-sel » qui auraient tôt fait de nous faire payer notre appartenance aux clans des Rabouins-bouffeurs de niglos (hérissons).

   L’affaire étant mal partie. une partie de la Famille leva le camp avec femmes et enfants pour chercher la sécurité dans un département voisin . C’est certain le grabuge n’était pas loin.

   Bien décidés à récupérer notre argent et ne pas rester «Gros Jean comme devant », nous avons laissé traîner quelques graines de futures violences que le vent emporterait dans le jardin de l’intéressé….. ce qui fut fait.

   Attablés dans un rade de BIOT (06) en train de manigancer une vengeance, nous avons eu la surprise de nous trouver « nez à Keffieh »  avec le Saoudien et son vizir.

   Accompagné de deux types aux allures d’armoire normande, ce qui est rare pour des habitants du golf Persique, la « gravure de mode » qui nous faisait « suer le bleu de travail » ( en opposition de l’expression : suer le burnous ) s’adressa à nous dans un français parfait (pléonasme…), nous remettant une enveloppe renfermant du cash en paiement du travail effectué.

   J’appris plus tard qu’il avait fait ses études à la Sorbonne et qu’il pratiquait avec aisance le français.

   Le fauteur de trouble avait été puni et prié d’aller exercer ses talents d’escroc dans d’autres pays.

   Mais ce qui me laissa pantois, fut d’apprendre de la bouche de notre « prince Saoudien » qu’il avait agi de la sorte « car lui aussi était issu de la grande famille des nomades ».

   Pour ne pas imaginer vous endormant sur mon témoignage, je mettrais fin à votre supplice en précisant, que, satisfait du travail effectué, un embauche nouvelle nous a emmenés vers d’autres aventures ibériques.

   Deux jours plus tard, nos six caravanes prenaient la route en direction du Salon international de la piscine et de la construction, systèmes de traitement de l’eau, composants et accessoires à BARCELONE (Espagne) -PISCINA & WELLNESS BARCELONA

   Existe-t-il une « Internationale des Nomades » ?

   Je serai tenté de le croire, du moins l’espoir fait vivre.

.

©PhilippeX – 14/05/2019

 

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'' nul n'est prophète en son pays''...c'est pour cette raison que je voyage.
''Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit.''...vous êtes mes invités, au banquet de la littérature....

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Christian Satgé
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Encore de belles aventures claniques d’un Loup qui a failli se faire abuser par un fennec… au pays de Pagnol (ou presque). Merci pour ce dépaysement permanent – et les choses que j’y apprends sont de plus édifiantes – que m’offre tes écrits, Philippe. Amicalement…

Delloly
Modérateur

Pour tout vous dire Philippe, j’ai commencé lentement de mon pas la lecture… puis au fil du vent réveillant
ces limbes traînantes, j’ai dû réfréner ces limbes devenus avides de vos mots passionnants
en passant par des étapes imaginées avant que ne se lise suite…
pour Moi ce Saoudien allait finir par vous payer, évidemment trahi de l’intermédiaire…
Vous êtes un conteur né ! … Contez nous la suite barcelonaise …svp
amicalement
Ol

Béatrice Montagnac
Membre

Bonjour loup l’espoir fait vivre et rêver aussi
Ce beau récit de tes chemins ou tu t’es frayé une route pour atteindre tant bien que mal tes objectifs sur quatre pattes au fanal du courage débroussaillant les épines sur ton passage
Ton humour une force combative et contagieuse loup
Bravo Philippe j’ai aimé comme toujours tes écrits
Douce journée je t’embrasse

ChanTal-C
Modérateur
ChanTal-C

Merci Philippe pour ce texte passionnant, émouvant aussi,
contant les “aventures” que vous avez vécues…
Malgré les difficultés de tous ordres, vous avez su garder l’espoir…et cet humour que j’adore…
Merci beaucoup pour ce partage généreux
Toutes mes amitiés

Chantal

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