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Oct 23 2017

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Mémoires, pages 54 à 56 / 311 – Dominique Capo

Ainsi, la route désertant la localité où nous allions chercher le pain frôlait ses vestiges. D’un coté, se trouvait un calvaire religieux. Composé de douze stations relatant les épisodes de la montée du Christ jusqu’au Golgotha, il aboutissait aux premières hautes ramures rocheuses des bois. De l’autre coté, le décor était le même, sauf que la muraille était à nue. Ce n’était que lorsqu’on s’engageait à l’intérieur des bois perchés sur leurs promontoires, que l’on suivait des rocades brouillonnes et infestées de fourrés, qu’on était censé y accéder. Malgré tout, je peux assurer, pour m’être rendu sur le lieu précis où les on-dit situent les fondations de cette fortification, qu’on n’en distingue aucune trace. Peut-être, y saisit-on les vagues contours d’une clairière délimitant son espace. Mais c’est tout !

Précédés de mon arrière grand-père, nous avons cueilli amanites, chanterelles, petits gris, ou morilles. Ils nous a appris à les séparer d’espèces vénéneuses, voire mortelles. Sous la pluie, nous avons poursuivi notre exploration, évitant escargots, limaces, et autres bestioles semblables que je détestais. Nous les avons déterré précautionneusement afin de ne pas détruire leurs bulbes. Nous étions ainsi certains d’en découvrir de nouveaux la fois d’après. Nous les avons entassé dans le panier d’osier que nous portions. Puis, une fois nos investigations terminées, une fois la corbeille remplie, nous sommes revenus sur nos pas jusqu’à la voiture. Nous sommes rentré chez nous, heureux d’avoir partagé un moment avec notre arrière grand-père. Comblés d’avoir décelé quantité d’hétéropodes, nous avons été enchantés que le repas du soir se compose d’une omelette aux champignons ; en plus de la multitude de victuailles habituelles.

Après le décès de mon arrière grand-père en 1982 et la naissance de mon petit-frère en 1980, c’est ma mère qui a repris le flambeau de ce genre de balade. Bien qu’elle ait couramment eu tendance à avoir des rondeurs, elle a toujours été une grande sportive. Et en dehors de nos séjours dans le Doubs, outre l’Équitation, elle a toujours été une femme très active. D’aussi loin que je la visualise, elle a toujours occupé de multiples fonctions associatives. Elle s’est toujours intéressé aux autres par le biais de ses passions. Elle nous a toujours suivi scolairement de près. Déléguée de parents d’élèves, elle a toujours participé aux conseils de classe à la fin de chaque trimestre. Et quand nos notes n’étaient pas à la hauteur de ses espérances, nous devions nous attendre à de sévères remontrances de sa part ; ou pire, qu’elle fasse intervenir mon père afin de nous recadrer plus efficacement.

elle a fréquenté plusieurs centres équestres au cours de notre enfance. Et ils ont été un défouloir bienvenu pour elle. Les intentions de mon père étaient de la transformer en parfaite maîtresse de maison. Or, cette fonction ne l’a jamais comblé. Certes, ma mère a sans relâche impeccablement tenu les différents domiciles où nous avons logé. C’était – c’est – une cuisinière hors pair. Elle confectionnait – elle confectionne – des repas de main de maître. Avec peu d’ingrédients, elle savait transformer ce qu’elle avait à disposition en plats à la saveur sans égal. Que dire de ses pâtés, de ses flans, de ses foies gras, de ses gâteaux inventés comme ça, etc., si ce n’est qu’ils étaient dignes des meilleurs restaurants de la capitale. Mais, surtout, c’était sa « coka » dont je me régalais avec un bonheur sans égal.

Ce mets est une spécialité de notre famille. C’est ma grand-mère maternelle qui lui en a remis la recette. Car à l’origine, la coka est née en Algérie. Puisque c’est de cette contrée qu’est issu mon père, mes grands-parents paternels, et leurs aïeux avant eux. Il s’avère d’ailleurs que leur lignée s’y est enracinée peu après l’invasion de ce pays par la France dans les années 1830. Et il apparaît qu’avant cela leur berceau se soit localisé en Corse ou en Italie.

Comme mon père, mon grand-père a été policier. Il a officié en Algérie, où il semble qu’il n’ait pas été totalement honnête. Selon les dires des quelques sources auprès desquelles je me suis renseigné, profitant de son statut de « flic », il a collaboré à des trafics de marchandises entre l’Algérie et la France. Il a facilité des transports illicite de cigarettes auprès de la douane locale. Après 1962 et le retour forcé des « Pieds-Noirs » en métropole, il est devenu contrôleur des parkings du port de Marseille. Ce statut lui permis de poursuivre ses escroqueries sur l’importation de pastis ou de whisky.

A suivre

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