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Sep 17 2018

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L’oiseau rare – Christian Satgé

Petite fable affable

 

Si rien n’est plus grand que de vouloir l’excellence
Quels que soient office et fonctions,
Elle est souvent mauvaise augure et indécence
Voire une vraie malédiction
Pour l’incompétent ou le client en bon poste :
Ne fais pas tout ce que tu peux,
Sois ombre, sois humble mais prompt à la riposte,
Crains noms d’oiseaux et sirupeux…

 

Un hibou, érudit savant et philosophe,
Mais bigleux, oui, comme pas deux,
Secondait un lion, petit roi sans étoffe,
Né bilieux, un brin cafardeux.
L’oiseau, de nuit, de jour, ne ménageait sa peine :
Pensant les mots, pansant les maux,
Il s’épuisait pour le bien du royal domaine
Et celui des animaux.
Il fit tant et si bien qu’il fut indispensable
À la marche de son État,
Légiférant, tranchant en être responsable,
Fuyant dans son vieux galetas
Les honneurs, les flatteurs et jusqu’aux privilèges,
Menant un grand train de travail.
Sa vie n’était plus que conseils, dossiers beiges,
Bleus, verts, noirs, jaunes ou corail,…

 

 

L’emplumé, sérieux, mais un poil pince-sans-rire,
Fut payé de cent quolibets
Par des conseillers du souverain, tout sourires,
En fait vrais gibiers de gibet.
Sa valeur, ses succès lui valurent la haine
Des hyènes comme des chacals
Qui, se reposant sur lui, jamais à la peine,
Faisaient donc dans le vain vocal.
On jalousait tout : et sa sagesse et sa hargne
À faire besogne au Palais,
Comme son industrie et son goût pour l’épargne
À la Cour et chez les poulets.
On chansonnait qui sa probité, sa justice,
Qui ses dons, qui son équité ;
On daubait sa plume ou son honneur, ses notices,…
Ah ça, il n’était pas aidé !

Est-ce sa courte vue, il ignorait l’Avide ?
Il ne vit ni ne comprit,
Tout à son labeur, ni le vil ni le perfide
Tout en rage et en mépris,
Les ragots qu’on faisait au roi en confidence,
Le fiel caché dans le miel,
Les complots tramés pour aider la Providence,
Les prières faites au Ciel,…
Dévoué et constant, toujours à ses affaires
Quand le Grand Duc l’abaissait,
Quand vautours et vauriens le morguaient. Mais que faire ?
Sa corvée l’occupait assez !
Il en oublia un royal anniversaire.
Cette omission-là le perdit :
Le Souverain, vexé, dépêcha janissaires
Et corbeaux. L’un d’eux le pendit.

L’autre enseignement de cette petite histoire
Est qu’à tout grade, tout emploi,
On oublie très vite vos bienfaits, c’est notoire
Et, croit-on, de fort bon aloi,
Mais on resservira, toujours, comme une antienne,
Votre seule erreur, faute, oubli.
Alors qu’à chaque jour suffise donc sa peine,
Il sera bien assez rempli !

 

© Christian Satgé – juin 2011

 

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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Anne Cailloux
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Triste vérité que celle ci.
Ne pas trop en faire, cela ne rapporte que problèmes..
Bravo un joli conte bien mené qui nous servira de leçon
Bravo..
Anne

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