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Sep 20 2019

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L’homme est fait de ce qu’il a lu et de ce qu’il a bu – Philippe X

Ces quelques lignes s’adressent à Vous amateurs de – bons vins –  intolérants au ”gros rouge qui tache”

et buveurs maladifs.

.

   Arrêtons d’intellectualiser le vin et de nous prendre pour des spécialistes après avoir copié je ne sais quel bréviaire à la mode.

   Arrêtons de réciter la leçon de petits maîtres, forts en commentaires.

   Faites-vous une bouche. Comme la littérature, le vin n’est jamais mieux appréhendé qu’en autodidacte, après avoir bu verre après verre, sans à priori, simplement se forger son opinion en buveur libre.

   Pourquoi j’apprécie. Pourquoi je ne me lasse pas. Pourquoi j’ai envie de découvrir d’autres goûts, d’autres expressions.

   Déguster ce que l’on aime, re-déguster, comparer à la manière de Pascal : «je ne bois que du désir qui m’en vient».

   Oui, le vin est fait pour être bu et non pas analysé. Les analyses arriveront après, quand vous aurez trop abusé de mauvais vins.

   Tudieu…belle envolée… si proche de mes hurlements intempestifs et jouissifs, une sorte d’élévation de l’être bestial que je suis.

   J’embraye, et que démarre le vol plané, sans avoir déposé mon plan de vol… à quoi me servirait de piloter en mode gentil toutou…. je préfère l’Amour en l’air… et sans être un poil voyeur je pratique le vol à vue.

   Le «vol à vue   est la façon la plus simple de voler, la plus libre aussi, où il s’agit simplement de voir et d’éviter».

   En vadrouille dans le centre France, j’ai été convié par un membre de ma famille à une dégustation de vin lors d’un salon de producteurs de vins bio.

   Il faut savoir que les vins bio n’existent pas .

   Seuls sont pris en compte, l’état de la terre dans laquelle sont élevés les ceps de vigne, le mode de vinification et les produits de traitement de la parcelle.

   Donc… je décolle en direction d’un groupe de gentils amateurs de jus de treille, qui parlent doctement en se tenant droits comme des piquets de vignes.

   L’un d’eux, coincé dans un costard qui lui allait comme des guêtres à un lapin avait l’air grave d’un gendarme et le regard effarouché d’une jeune vierge.

   Il tenait un verre de vin à la main, le portait ostensiblement à la hauteur de son regard scrutateur de Jésuite, faisant tourner prestement dans sa tulipe de verre, ce breuvage , comme un carabin le ferait avec son tube à essai, suite à l’application d’un lavement salutaire.

   L’échalas (le piquet de vigne si vous préférez) trônait au beau milieu d ‘une assistance composée d’adeptes, acquis à ses délibérations débiles, à qui il attribuait des accessits sous forme de clins d’œil.

   Il paradait et « bouffonnait ». Les uns ne pipaient mot, les yeux baissés en signe de soumission devant les silences qui en disaient long, les autres jouaient les connaisseurs en opinant du chef.

   Ils me faisait songer à ces petits « toutous » placés sur la plage arrière de la voiture, et qui à chaque secousse, hochaient leur tête vide.

   Ils étaient d’accord avec les attendus de ce magistrat du goût et du palais…. après avoir liché le contenu de ce verre, ils lécheraient le cul de ce bouffon…

   De sa lippe baveuse sortaient des adjectifs empruntés à un Kamasoutra de taverne : il y était question de cuisses, de jupe, de rondeurs, de parfums de femmes, de jouissance …. pauvre con !

   La vigneronne qui présentait ses vins, était très mal à l’aise, et voyait se profiler la sentence de ce petit seigneur du guide Bibendum….. il lui cassait la baraque et question ventes c’était « wallou »… comme l’aurait dit le sidi Brahim, un autre seigneur du « c’est bon comme la-bas…dis! »

   Je connais bien l’âpreté du travail de la vigne et l’ingratitude de la terre arrosée de sueur.

   Son compagnon lui donnait un coup de main dans les salons, mais il ne «  travaillait » pas dans le vin. A maintes reprises, quand des clients lui posaient des questions trop techniques, il se tournait vers cette « aventurière »,pour que réponse soit apportée..

   Elle donnait donc les informations au client directement, et le clientallait se tourner à nouveau vers son compagnon, pour répondre à d’autres questions techniques, (le pinard est une affaire d’homme), mais c’est encore elle qui devrait répondre !

   Je pense que dans la culture française, le vin (et l’agriculture d’une manière générale) est associé à une image masculine qui rassure.

   Même si les gens n’ont aucun problème à voir des femmes en viticulture, l’habitude veut qu’ils se tournent plus facilement vers un homme pour la discussion.

   Pour qui se prenait-il, pour rabaisser la Femme, à un objet de consommation courante pour combler le désir du mâle ?

   Délicatement, vous me connaissez, je rompais ce cercle des pouet-pouet disparus.

   – «c’est qui ce blaireau doté d’un bec en zinc »– m’enquiérais-je

   Mon atterrissage devant cet aréopage de masturbateurs de la pensée vinicole, fit l’effet d’un tel chambardement, que le professeur Nimbus « au verre levé » échappa sa tulipe.

   Lèse œnologue……Qui est ce malandrin, ce malfrat, ce peine à jouir.

   Qui est-il pour se permettre de troubler ainsi ces « testeurs de breuvages ».

   De quel droit s’invite-t-il au bal des fins connaisseurs ?

   – « Coucou, c’est moi le Loup, et ton auréole de dessous les bras va en prendre un coup ».

   Goguenard et narquois, le carquois en bandoulière et l’allure fière, je décochais ma première flèche :

   – “Triste sire que vous êtes…“gouttez ces paroles :

“La plus humble piquette était alors bénie,
Distillée par Noé, Silène, et compagnie.
Le vin donnait un lustre au pire des minus,
Et le moindre pochard avait tout de Bacchus.”

   Offusqué plus qu’amusé, déstabilisé plus que rassuré, cet hobereau venait de perdre pied et ces paroles de BRASSENS lui firent comme un pied-de-nez.

   L’ envie folle de lui mettre le pied du verre dans le nez me vint.

   – « De quoi vous mêlez-vous, je suis Jules LEPITRE, auteur d’un guide du savoir consommer les vins bio».

   Ses admirateurs auraient bien voulu que…. mais non … se sentant et se croyant de la caste des intouchables, il était devenu inabordable.

   Ma flèche était en fait une fusée para grêle tirée sur son Mont des Oliviers….crucifié qu’il devenait.

   J’aurais aimé achever ce malheureux pitre en lui récitant d’autres vers du Georges :

« Et l’un des dernier dieux, l’un des derniers suprêmes,
Ne doit plus se sentir tellement bien lui-même
Un beau jour on va voir le Christ
Descendre du calvaire en disant dans sa lippe
“Merde je ne joue plus pour tous ces pauvres types.
J’ai bien peur que la fin du monde soit bien triste. »

   Que la fin de mon histoire ne vous attriste pas, ce n’était pas le but, mais il vous appartient, en fonctions de vos moyens, de voler au secours d’un ou d’une plus faible, et de ne pas tourner la tête lorsque un appel à l’aide vous vient, que vous soyez amateur ou pas…de bons vins.

.

©Philippe X – 20/09/2019

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'' nul n'est prophète en son pays''...c'est pour cette raison que je voyage.
''Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit.''...vous êtes mes invités, au banquet de la littérature....

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OberLenon
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OberLenon

Un franc rire en imaginant la scène. Votre humour caustique est toujours aussi efficace. Mais en l’absence de Petrus, je prendrai volontiers une London Pride !

Delloly
Modérateur

Ô tant d images me reviennent, comme de ce Sire architecte devenu vigneron et certain de la raiso’n que son vin était tel un immeuble de senteurs….. hmmm
Merci l ami de ce moment d humour presque parfait de l imparfait de ce surfait sociétal
Ol

ChanTal-C
Modérateur
ChanTal-C

Philippe, vous avez décrit là le parfait portrait de ces « poseurs » se prenant pour des génies !
Ils sont puants de prétention et prétendent posséder le savoir ! Ils ne sont que ridicules et ennuyeux…
Ne possédant que la théorie sans la pratique…
Votre chronique est implacable et votre humour incomparable m’a fait sourire à chaque ligne !
Merci beaucoup Philippe !
Belle soirée

Chantal

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