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Mai 11 2019

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Les tas d’urgence – Christian Satgé

Petite fable affable
 
Un vieux bison besognait à brouter
Dans la prairie où il lui fallait router
En compagnie de la tribu de ces bêtes
À cornes dont il était le seul barbon,
Celui dont la sagesse appelle courbettes
Et qu’on évite de rendre furibond
À la rivière comme dans l’herbette.

Ce bon barbu barbant était affairé,
Toujours occupé à ci ou à flairer
Ça car Chef est position qu’on occupe
Mais qui, surtout, occupe, vous disait-il,
Ajoutant, parfois, pour tous ceux des siens, dupes
De son vain empressement, d’un air subtil :
« Tout ce qui compte ne peut pas toujours être
Compté… et ce qui peut être compté, traître,
Ne compte pas forcément ! » On opinait
Et on le suivait quoi qu’il dise ou fasse,
S’agitant tous en chœur par les épinaies,
Se bousculant dans la prairie où les traces 
Témoignaient de mille mêlées essoufflées,
De la précipitation insufflée…

Avec lui tout devait être fait pour la veille,
Et même avant, si c’était possible… Merveille
De la vie en groupe, il fallait vite agir
Mais en troupe et dans un fort parfait ensemble,
Ce qui n’aidait pas, ma foi, à réagir
Rapidement au point que le sol en tremble ;
Mais dans le troupeau, on se heurte sans fin
Alors que le danger est au loin, soit-il feint,
 Se bouscule et encore se piétine
Quand l’impératif est déjà dépassé…
Puis, dans l’instant, reprenait la routine,
Laissant le meneur de ces buffles angoissé,
Balançant entre, hélas, le courroux et l’ire
À voir ses pairs si lents et en plein délire…

Un jour, un chien de prairie agacé
Par cette houle rageuse qui effaçait
Tout au passage, lui rappela qu’à faire
Désordre et bruit, à courir en chargeant,
L’Homme n’avait pas de mal à la défaire :
« Parce qu’à force de s’occuper de l’urgent,
Vite, on en oublie l’essentiel, mes Frères ! »

 
© Christian Satgé – novembre 2017
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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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Anne Cailloux
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Que faire?? quelle priorité, je me demande.
Je vais donc réfléchir..
Merci de vos mots toujours vrai.
Anne

Serge Campagna
Membre
Serge Campagna

L’essentiel est de vous lire, l’urgence n’est plus de notre âge !!! Encore une belle histoire que celle de ce bison pas si futé que cela.

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