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Nov 01 2019

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Les sentiments – Sara Diluna

Deux chevaux se rencontrèrent. Ils étaient pourtant bien différents.
Le premier travaillait au manège alors que le second était en ménage.
L’un s’appelait Gaston, le second Léon. C’est ce dernier le premier qui engagea la conversation. Mais de Gaston, il ne sortit aucun son. « Quel sacré prétentieux », pensa Léon, qui d’un air triste s’en alla rejoindre sa jument, Gandie et son poney, Holly.
Ce jour-là, sa compagne qui ayant passé la journée à la campagne à brouter dans le vide, s’était blessée à la mâchoire.
« Que t’est-il donc arrivé, ma Mie ? », lui demanda Léon complètement horrifié parce qu’il vit une dent à moitié ensanglantée.
« J’avais tellement faim ce matin que je me suis mise à croquer l’épaisse corde en paille de la barrière de la ferme », dit-elle en sanglotant.
Gandie aurait sans doute eu besoin d’un vétérinaire. Mais cela coûtait bien trop cher. Elle était en surpoids à cause de leur propriétaire. Mais que voulait-il bien en faire ? Du bénéfice, du blé en revendant sa chair ?
En attendant, Gandie eu une larme aux yeux.
Soudain, elle demanda à Gaston pourquoi elle n’avait pas l’autorisation de travailler elle aussi au manège comme toutes ses congénères.
« Mais tu as perdu la tête ? », s’esclaffa Gaston en hennissant très fort.
« Je ne voudrais jamais que tu deviennes comme toutes ces salopes qui galopent comme des chiennes là-bas ! Tu y seras bien malheureuse en plus car privée de toute liberté, tu ne connaîtras plus la joie de brouter. Ensuite, lorsque dans un box on t’enfermera, des coups de sabots tu donneras.
Enfin, tous tes sentiments tu perdras et désagréable comme tes semblables tu deviendras. Aussi, j’espère vivement, ma douce jument, que tu ne prendras jamais un tel cavalier pour amant.
Regarde-les donc comme ils sont méprisants avec sur leur dos tous ces gens qui ne pensent qu’à une seule chose : l’argent. Exploitée à cent pour cent, tu ne connaîtras jamais plus l’amour comme avant ».
Sur ces derniers mots, il enlaça sa compagne avec son long cou. La crinière luisante de la femelle vint se déposer sur ses grands yeux brillants et l’on vit se former des étincelles.
C’est Holly qui vint rejoindre ses parents en courant alors qu’une larme venait encore de couler sur la joue de la jument.

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Auteure belgo italienne, j'écris et je chante à la guitare depuis l'âge de mes quinze ans.

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