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Oct 06 2018

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Les Proies des Sables ! – Abdelkader Ferhi

     Le Silence sépulcral des Océans de sable se repaît de la chair des profanes sans guides expérimentés, Eau et boussole ! Si selon le sage chinois Lao Tseu, contemporain de Confucius, « un voyage de milles kilomètres commence toujours par un pas », les déserts de notre planète, imposent une guerre d’usure aux imprudents en quête de vie sans objectifs clairement tracés. Comment survivre aux adversaires redoutables et combien de souffrances et sacrifices faut-il encore consentir dans l’espoir de remporter au moins une première bataille.

    Au Tassili n’Ajjer, la « Cité perdue du Séfar » bâtie sur un plateau culminant à deux milles mètres d’altitude, abrita un grand nombre de troglodytes. L’existence des conditions essentielles de vie y avait favorisé une abondante biodiversité. De manière bizarre, seuls les mâles furent inhumés dans cette Cité dont la disparition soudaine fut un mystère pour les archéologues. Ce village fut-il emporté par un séisme de grande amplitude ou un magma après une éruption volcanique ? Fut-il éteint par manque de femmes aptes à la procréation ?

    Le Sahara s’avère un laboratoire d’expériences et une encyclopédie sur les sciences   l’histoire, les civilisations et les arts. Quel narrateur talentueux serait en mesure de recréer l‘ambiance de la Cité vivante et en saisir l’âme revisitant les vestiges tel un aigle son nid ? La Cité du Séfar subit maintes invasions avant de sombrer dans les abysses de l’Océan asséché.

    La population et leurs chefs, auraient-ils enfreint le testament des Ancêtres au point de subir une avalanche de malédictions dévastatrices ? Se doutaient-ils qu’ils allaient être anéantis et enfouis sous d’énormes dunes instables ? Le visiteur, foulait-il ce Monde inhumé à son insu ? Que de combats eussent mené les troglodytes du Séfar contre les assaillants pour la défense de leurs biens, leur famille et leur Honneur ! Le visiteur actualise ces luttes et se sent héritier des patrimoines dont les habitants disparus furent les bâtisseurs et les dépositaires.

    Nombre de Cités bâties au prix de mille sacrifices subirent pareil sort. Leurs habitants ne se doutaient pas un seul instant qu’ils allaient être retirés de l’existence et sombrés dans l’oubli par les chevauchées des assaillants. C’est étrange que s’ensable tout un peuple avec sa culture et sa civilisation ! C’est étrange que disparaisse tout indice de vie pour faire régner le Silence !  C’est étrange qu’en un laps de temps une ville cesse tout mouvement et respiration !

    Notre village est-il entrain de s’immerger dans la panse insatiable du Désert ? Est-t-il à la phase finale de sa spirale infernale ? Il n’y a pas de plus cruel pour les Hommes que de capituler et mourir humiliés, les uns sous les yeux des autres ! Comment éviter l’omniprésence de la mort ? La renaissance par miracle de la Cité du Séfar redonnera-t-elle la vie à la nôtre. Inutile de se tourmenter ! Mieux vaut éviter ce questionnement déstabilisant.

    A qui imputer la responsabilité des malheurs ? Sommes-nous au moins en mesure de déterminer l’épicentre de notre décadence ? A supposer qu’on parvienne à circonscrire les causes de la pathologie, y aurait-il une thérapie concertée ? A quoi s’attendent les fossoyeurs des êtres humains et d’autres espèces ? Rien ne poindra des horizons scrutés tous les matins.

    Dans ces paysages martiens, le fidèle compagnon est sans conteste notre Ombre traînant sur les sables brûlants et fusionnant avec les ténèbres. Le seul roi y demeure l’Infiniment Grand qui règne sur les dunes toujours en formation et se meut avec un bruissement ophidien.

    Chaque désert réédite les Odyssées des sables et les douleurs de la Terre qui accouche à chaque instant de nouveaux reliefs et des mirages. L’alternance du jour et de la nuit, les changements brusque du climat et les strates géologiques dictent aux artistes, aux poètes et aux romanciers les messages à cristalliser sur les roches de granit et les parois des grottes.      

    Ossements d’animaux et épaves de véhicules exhumés par les vents de sable parsèment cet Océan, vieux de plus de quatre milliards d’années. Si les fossiles renaissaient leurs récits nous pétrifieraient de peur. Le désert procède à l’instar d’un malfrat qui efface avec soin ses empreintes digitales et les traces de ses pas après son forfait, laissant les survivants s’évertuer à reconstituer les méfaits et à analyser les restes des victimes, uniques pièces à conviction.

    En situation de captivité, il est inutile de servir de référence de grandeur et de gloire. Les survivants observent une pause puis envoient leurs regards détecter une lueur d’espoir. La vie poindrait-elle dans le désert ? Chasserait-elle le spectre de la mort pour tous nos congénères ?

    Les étendues de sable sont aussi fatales que les créatures animales terrées guettant leurs proies. La soif fissure la gorge et atrophie les cordes vocales. L’audace ne suffit pas toujours à défaire les adversaires de taille qui nous emboîtent le pas. Où trouver un point d’eau ? Quelle voie empruntée parmi celles, déjà prises jamais corrigées ? Où trouver une main secourable ?

    Chaque instant traduit une lutte acharnée. Les dunes se succédant à l’infini restreignent la portée des yeux. La vue s’achoppe à la ligne de jonction du firmament et de l’immensité du Sahara. Les paupières collées aux orbites s’ouvrent avec peine et se referment aussitôt. Les vents de sable giflent les visages. Le froid de la nuit, les dards du Soleil et le bruissement des dunes parlent la langue du diable. Chaque pas chancelant cultive l’illusion d’avoir survécu.

    Certes nous sombrâmes dans la léthargie et succombâmes aux discours fallacieux de nos chefs. Au moment où nous ouvrîmes les yeux, nous nous trouvâmes dans une Khaïma. Nous fûmes surpris par une aire reproduisant la vie malgré toutes les formes d’adversité. Le père de famille nous sourit et nous souhaita la bienvenue. Son corps s’agrège à la limpidité du sable.

     Pour se libérer de l’étouffement et l’aliénation du temps, les Touaregs ne disposent pas d’horloges et ne portent pas, non plus, de montres aux poignets. Le Soleil s’avère le plus fiable pour la distinction des moments de la journée, les cinq prières et les tâches familiales.

     Les Nomades ne se lassent pas de suivre les mouvements du Soleil de l’aube au crépuscule. La liberté authentique n’acquiert son utilité pratique qu’en s’affranchissant de l’étau du temps. La rationalité et l’irrationalité amalgamées par le désert se disputent la destinée humaine. Dans cet Océan en agitation, tout déplacement par obligation, à dos de chameau ou de cheval nécessite l’activation des sens, des réflexes et la faculté de repérage.

Abdelkader FERHI   Extrait du roman « Les tourments de la proscrite » 2018.

 

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Abdelkader Ferhi est né le 30 janvier 1951 à Tipaza. Il a fait ses études primaires et moyennes dans sa ville natale, secondaires au lycée Ibnou-Rochd de Blida et supérieures à l’université d’Alger. Titulaire d’une licence en lettres françaises, il a enseigné de 1976 à 2011 au lycée Mohamed Rékaizi puis Taleb Abderrahmane de Hadjout. Il a été aussi chargé de l’encadrement des professeurs du moyen à l’Université de Formation Continue. Abdelkader Ferhi a commencé depuis 1972 à publier des poèmes dans des anthologies de prestige et à collaborer aux journaux nationaux et étrangers. Aujourd’hui retraité, il se consacre pleinement à l’écriture littéraire. L’auteur de « Soleil Totémique » est connu du public Algérien par ses poèmes publiés dans des anthologies, ses contributions à la culture et ses articles de presse.

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Ouzag Djamel Eddine
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Ouzag Djamel Eddine

Le Sahara, cette étendue infinie de sable, autre fois, eaux (mer,fleuve…), terre, et civilisations qui ont disparues, laissant quelques vestiges (objets, peinture …), engloutis par le sable, qui sans un mot, comme tout sage nous rappelle à quel point l’homme, ce conquérant est fragile. bel hommage, et chapeau pour cet écrit bien ciselé, mes amitiés.

Eric de La Brume
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C’est vrai que le Sahara n’a pas toujours été une étendue de sable, mais un véritable jardin au départ. Extrait très intéressant qui nous font découvrir un des aspects passionnants du Sahara et sur la vie des peuples nomades. Ça me donne envie de découvrir ton livre.

Hubert-Tadéo Félizé
Membre
Hubert-Tadéo Félizé

Voilà un bel extrait qui nous permet de découvrir les tourments et les plaisirs d’une vie de nomade, la description du Sahara est magnifique et donne envie de venir découvrir cette partie du monde. Merci pour votre partage.

Fattoum Abidi
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Fattoum Abidi

Bonjour mon ami Abdrkader Ferhi, je reviens vous lire avec un grand plaisir très bel extrait de votre roman’ Les tourments de la proscrite’ 2018 Très beau texte en description d’un Sahara qui est très beau, profond, mystérieux et dangereux parfois. Et pour jouir de ces étendues rêveuses il faut avoir en compagnie des connaisseurs de ces lieux Votre description est très captivante qui nous arrive d’un connaisseur de ce lieu mystérieux et radieux. Je trouve votre réflexion est sage tirée d’un réel vécu de ces étendues belles et dorées où habitent ou traversent des humains. J’ai beaucoup aimé ce… Lire la suite »

Fattoum Abidi
Membre
Fattoum Abidi

Excusez moi mon ami Abdelkader je me suis trompée en écrivant votre prénom
Douce nuit
Mes amitiés
Fattoum.

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