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Déc 09 2019

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Les deux sages d’un soir – Christian Satgé

Petite fable affable
 

Ne connaissant avent ni carême,

Un rustique, suppôt de Bacchus,

Était de frairie, pas vraiment plus,

Avecque un Ridicule, la crème

Des galants de Cour, très vaguement

Noble, perdu à vivre en cambrousse

Pour un bon mot, cruel donc. Vraiment

Pas du goût du bon roi, ce braiement

Causa sa perte. Il eut dès lors la frousse,

En disgrâce plus qu’en défaveur.

Ces choses-là ont une saveur

Âpre que cent placets et suppliques

N’arrivent pas à faire passer

Et qu’aggrave la moindre réplique

Car votre vue seule va lasser.

 

L’ancien flagorneur et le rustre

Avaient au-dedans de leurs croisées

Tables mises, vies embourgeoisées

Et même, tous deux, bougies en lustres,

Pléthore de foin en leurs remises

Et grains à foison au grenier.

Il se fourvoyaient donc, la chemise

Déboutonnée, comme c’est de mise

Chez gens vivant en casaniers,

À philosopher fort sur la vie,

L’esprit par le bon vin asservi.

Comme sages et doctes prémices,

Ils pleurèrent d’abord sur leur sort,

L’un parce qu’il n’était las que vices,

L’autre car il n’avait plus de sponsors.

 

Alors, au dehors, ils regardèrent.

Y errait Jean, le vieux berger,

Vivant en ascète, allant léger,

Portant le hoqueton de vrais hères,

Musette à l’épaule, houlette en main,

Gourde et flutiau à la ceinture.

Sa vie n’est faite que de chemins,

De bêtes entravant son pas romain,

En quête de nouvelles pâtures

Pour bourdaine ou serpolet brouter,

Suintantes et puantes comme ourses.

C’était pour nos deux penseurs, la pire 

Des vies qui soit en cette vallée

De larmes où le labeur est l’empire

D’humbles ne pouvant que mal aller…

 

Et dirent, finissant leur fiole :

« À défaut d’être vraiment heureux,

Toujours le malheureux se console

De sa vie à voir plus miséreux ! »

 
© Christian Satgé – octobre 2019
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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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