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Mai 26 2017

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Les deux errants – Christian Satgé

 
Petite fable affable
 
Deux routiers autour d’une borne causaient.
De même stature et d’un âge identique,
L’un d’eux avait un visage tout creusé
Par la fatigue et, pis, son corps ascétique
Semblait implorer un repos mérité
Ou souhaiter quelque halte salutaire.
« Quand je pense que je dois, sans fatuité,
Faire demain cent bornes à pied sur la terre
De ces chemins, je me sens bien vieux et las !
–  Moi aussi. C’est ce kilométrage-là
Qui m’attend, dit l’autre, frais, rosé. J’achève,
Aujourd’hui, ma première centaine. Un rêve !

– Comment fais-tu ? Mes premières cents lieues,
Sur la route, m’ont paru interminables !
– Le temps ne me fut pas clément mais, si Dieu
Le veut, demain ce devrait être tenable.
– Tu parles ! reprend le premier trimardeur.
Les chemineaux, toujours, n’ont que des nuages
Pour ciel de lit et rôdeurs, ou maraudeurs,
La boue pour bottes, la pluie pour habillage !
– L’ami, le pire n’est en rien assuré
– Ni le froid, les chiens ou les pierres acérées,…
– Ce que tu souffris hier, peut ne plus être !
– Mais, chaque matin, et sans fin, vient renaître…

– Vêtus de vent, nous sommes globe-trotters…
– Et quêtons, de ci de là, notre pitance.
– Grâce à une bonne âme ou au Créateur !
– Mais reste, quand même, à bonne distance
Des celles qui encagent gueux et mendiants !
– Qui choisiront, plus tard, seuls, la route à suivre !
– Demain m’inquiète… et on lui est obédient.
– Il me donne, à moi, la force de poursuivre :
Chaque soir, je regarde ce qui j’ai fait
Et m’en trouve, bon an, mal an, satisfait.
Toi, tu ne vois que ce que tu as à faire
Ou a subit ; cela tend à te défaire ! »
 
© Christian Satgé – janvier 2014
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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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