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Juin 28 2018

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Le jour où je devins femme – Marie Combernoux

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LE JOUR OU JE DEVINS FEMME

Le destin voulu que quelques temps après avoir coupé mes longues nattes de petite fille, je devins femme. Je n’avais pas douze ans. Ma grand-mère avait pressenti l’affaire, et bien sûr, comme cela se faisait, ne m’en avait pas dit un mot.

J’avais bien vu moi, depuis longtemps, ces grandes bassines rouges de sang et de couches de femmes, qu’à l’époque elles se lavaient, mais les enfants que nous étions ne posaient pas de questions.

Le jour où ça m’est arrivé, j’ai cru mourir. Il y avait devant mes yeux des flocons de neige qui tourbillonnaient et j’avais la tête qui tournait. Je donnais la main à ma tante pour ne pas tomber ; elle m’accompagna aux toilettes, et resta derrière la porte.

Je voyais des flots de sang -du moins le croyais je- qui sortaient de moi et je crus que j’allais me vider. Je criais à ma tante : « Marraine, ça coule ! Ça coule beaucoup ! Je vais mourir ! » « mais non, ma chérie, me dit-elle, c’est pour toutes les femmes pareil, ne t’inquiète pas ! »

Enfin, au bout d’un moment, je ressortis des toilettes, un coton entre les jambes, pas fière du tout, consciente que ma vie de petite fille allait basculer. J’aillais entrer dans le monde des femmes.

Je n’avais pas envie, moi, de laisser cette insouciance, tout ce bonheur, tous ces rires, ces jeux avec ma cousine. Pas envie de laisser la main tendre et solide de ma grand-mère, et celle, rugueuse de mon grand-père.

Mais avec l’arrivée des règles, une sorte de honte m’avait envahie, surtout vis-à-vis des hommes adultes. Il me semblait qu’on ne me voyait pas de la même façon maintenant, qu’on voyait en moi une « puissance » de maternité, de perte d’innocence, le péché originel qui ressortait, en quelque sorte.

A cette époque où l’on taisait les choses naturelles de la féminité, je me serai presque excusée d’être née femme, d’être souillée par ce sang. Pourrais-je encore monter dans le camion , sarcler la terre du jardin, tirer le vin à la cave, accompagner mon grand-père aux champs ? N’allais-je pas me retrouver aux casseroles et à la vaisselle avec ma grand-mère ?

J’allais sortir une fois de plus du ventre familial que je ne voulais pas quitter. Je pressentais une deuxième naissance très douloureuse dans un monde d’adultes.

*****

Mais ceci n’est pas la fin de l’histoire : car, en effet, quand arriva l’âge de la ménopause, et que je vis mes règles disparaître peu à peu, je fus infiniment triste, parce qu’entre temps, j’avais été une femme à part entière, j’en avais pris conscience.

Cette fois-ci, j’allais perdre ma féminité et loin de me réjouir de la disparition de ce petit désagrément mensuel, je compris qu’une autre étape allait commencer : celle de la perte progressive de ma jeunesse. Et quand je vois aujourd’hui, à l’automne de ma vie, une jeune femme qui achète des serviettes, je la regarde avec envie.

 

©Marie Combernoux

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je ne suis plus une jeunette, je suis née le 3 Avril 195....et quelque, j'ai été élevé jusqu'à mes 12 ans à Caussade (82) par mes grands parents , qui étaient agriculteurs et négociants en fourrage, j'ai été élevé entouré de nature, d'animaux de basse-cour, d'un jardin, et j'ai aussi appris l'occitan car entre eux mes grands parents le parlaient. Après 12 ans de bonheur , je suis allée vivre àToulouse, avec ma mère et son mari. A partir de là, ce fut une autre histoire.... je viens d'écrire un libre de nouvelles, réelles et fictives, et de poésies, j'attend sa sortie. Voilà un peu de moi, mais vous ne savez qu'une partie de ma vie riche et cahotique à la fois Bien cordialement.

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LOUPZEN
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LOUPZEN

Pour un homme il est difficile de commenter …ce qui ne m’empêche pas d’apprécier votre ouverture d’esprit…respect pour toutes les femmes qui sont, qui furent et qui seront.

Christian Satgé
Membre

Un fort joli texte Marie tout en sensibilité et en force. Oui, même un homme peut comprendre…

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