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Avr 13 2017

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Le goût de la viande fraîche – Frédéric Matteo

Le goût de la viande fraîche

(lecture à haute voix, avec texte défilant synchronisé, en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://www.youtube.com/watch?v=jE32GpHBDkI )

Aujourd’hui qu’elle a su, sous le feu de ses charmes,

Dévaster son Amant de torride passion,

Qu’elle a ruiné sa vie, habile Pygmalion,

En flattant à l’envi son art de Maître d’Armes,

Qu’il a quitté famille et femme et doux enfants,

Qu’elle le voit là, fou d’exigence amoureuse,

Plaidant son sacrifice et ses grands droits d’amant,

L’orgueil, l’ennui, la faim, qui la firent charmeuse,

Désormais assouvis, de leurs yeux de vautour

Éclatent de mépris sous le plus clair des jours.

C’est fini.

Que leur restera-t-il ? Lui, c’est certain : le Crime,

La descente aux enfers, le délire au désert,

Le remords dégradant, la chute dans l’abîme ;

Elle, ourse de banquise et noire du dessert,

Froidement s’en ira digérer sa pitance

Au soleil des vainqueurs de la folle allégeance

Des pantins de l’amour – plus libre qu’autrefois

De n’être plus qu’un ventre où la chair fait la loi,

Et le cœur, mille appeaux pour séduire la chance :

Ah, rôtir à nouveau de la carne à bon bois !

La voilà l’œil songeur, glissée sur une chaise,

Loin de l’humain conseil ; elle boit l’horizon

De pourpre et d’or fuyant devant la nuit de glaise

Qui s’offre à ses désirs de bâtir nos prisons.

La fumée du bûcher de nos rêves l’enivre…

En ces fils nuageux, bleus du sombre décor

Elle trace en le ciel l’arabesque des corps

Que sa rage soumet quand le combat se livre :

Ces désirs indécis de poches pleines d’or,

Les souvenirs odieux de ses sacs de Trésors.

Grasse, elle s’en repaît encore, en boulimique,

Cet abîme d’orgueil et de soif de pouvoir !

Et du Rêve, elle apprit la science alchimique…

Haine, hélas, l’avisa de secrets du Savoir.

Patiemment elle tisse, écumante araignée,

Silencieuse et goulue, puisant de ses Trophées

La salive odorante et les motifs parfaits,

Les réseaux irisés de sa toile à méfaits :

Le miroir de cet Autre insolent de nausée !

Cette lointaine étoile  – Ô le terrible affront –

Déchira le silence où s’enlisait le monde,

En dédain souverain de l’allégeance immonde,

Et du glaive grava fleur de lys à son front.

Tel fut le seul écho qu’à son défi d’entrailles,

Sur le charnier fumant de son champ de bataille,

L’Autre lui renvoya de son Ciel consacré ;

Mais l’affront fut bientôt ce qui fit son délice.

Son orgueil en défi s’enivra du calice,

Et son spectre d’ennui dut bientôt désancrer.

Un nouvel homme à vaincre ! A nouveau la puissance !

A nouveau sous les fards dignes de sa beauté,

Langueur noire et volée à nos chastes essences,

Triompher de la mort et du pâle Léthé,

Où se noyait sa faim sous les concupiscences !

A nouveaux de parfums tendrement enivrants

De sèves colorées, de baumes innervants,

Se caresser le corps, flatter sa chevelure,

Et, sous l’habit saillant, suggérer sa cambrure !

A nouveau vivre en Femme et donner la morsure !

Magnifique et parée du plus divin des deuils

Elle ira devant lui. Soumise et passionnée

Comme devant un Dieu. Sans que tremble son œil.

Elle usera d’amour pour être pardonnée,

De réserve, d’honneur, de feu, d’humilité,

Et tant qu’il le faudra, de prodigalité.

Pourvu qu’un jour, enfin, son cœur baisse la garde !

Pourvu que de ses mains son front soit couronné !

Nulle rivale à craindre ; elle est fille de Harde,

Assassine aux crocs longs, durs et empoisonnés.

 

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