«

»

Nov 21 2018

Imprimer ce Article

Le fort carré d’Antibes – Serge Campagna

La Méditerranée, voie turquoise vers le sud synonyme d’été accompagne les aventures de ceux qui chérissent les fonds translucides.

Mais certains matins belliqueux d’hiver, le bleu de cette Méditerranée panse des ecchymoses que les chocs de la nuit ont laissées sur son âme.

Ces bleus au cœur sans cesse triturés s’étirent sur une toile tourmentée jusqu’aux frontières glaciales de l’insupportable.

Qu’il t’en fallut de la peine Nicolas pour déambuler le long de cette plage pâle et y pleurer des souvenirs de Baltique.

Qu’il t’en fallut de la peine pour étirer des larmes outremer, les nourrir de mélancolie afin qu’elles sèchent sur la grève.

Triste coïncidence. A la dernière touche posée sur le fort, tu caressais le dessein d’un jour t’y noyer.

 

Quelques mois plus tard, on m’imposait d’y barboter…

C’est peut-être pour cela que très tôt, le voyage dans l’épaisseur de ta palette m’est apparu comme une évidence.

Aujourd’hui, longtemps après, ton fort trône face à mon fauteuil et durant les jours tristes je demeure des heures à scruter ses écueils.

A chaque minute, la lumière transporte l’émoi vers une clarté maligne cachée sous les rochers à la minute d’avant.

La journée s’écoule ainsi dans l’alchimie des gris voisinant au blanc, au bleu, à l’avenir et au néant.

Puissants pourtant, ils s’épuisent dans les vagues harassées pour renaître à l’instant suivant aux algues déposées sur la roche érodée.

L’amertume solide traversée de lumière à chaque inspiration de l’âme entraîne ta passion vers des fonds insondables.

Au rythme absent du ressac, le temps lentement s’en va comme le cœur que tu déposas d’un bruit sourd sur le seuil de la renaissance.

Ce soir, sous le marché couvert, s’exhalent de la douceur du mimosa les notes garance d’un interminable concert funeste.

 

©Serge Campagna

2+

Je suis arrivé en 1955 en Dauphiné et l'ennui de l'enfance m'a vite poussé vers les mots et leurs majestueuses farandoles.
J'eus très tôt la chance et le bonheur de croiser la route de maîtres qui me firent voyager sur les phrases de Musset, d'Apollinaire, de Baudelaire, de Cendrars...
Ma propension au sourire m'ouvrit plus tard les grâces de Bobby Lapointe, de Cavanna, de Desproges...
Puis, il y eut Guillevic, Max Jacob et l'immense Francis Ponge... En parallèle, s'immiscèrent Giono, Ramuz, Gougaud...
Depuis, mes textes recherchent le flot serein du voyage, les cataractes de la révolte ou les rives ombragées de l'harmonie.

Lien Permanent pour cet article : https://www.plume-de-poete.fr/le-fort-carre-dantibes-serge-campagna/

3
Poster un Commentaire

avatar
1 Sujets de commentaires
2 Réponses de commentaires
0 Suiveurs
 
Réaction sur ce commentaire
Le plus important commentaire
2 Commentaires des Auteurs
Serge CampagnaJeanine Chatelain (Belle des Bois) Commentaires récents des Auteurs

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S'abonner  
Plus récents Plus anciens Plus de votes
Me notifier pour :
Jeanine Chatelain (Belle des Bois)
Membre
Jeanine Chatelain (Belle des Bois)

Merci, j’ai habité Antibes, bonne journée