«

»

Juin 23 2018

Imprimer ce Article

Le diable au corps ! : Marie Combernoux

Résultat de recherche d'images pour "photos de tilleul en fleurs"

Le diable au corps !

C’était un jour de fête : laquelle ? Je ne sais plus. Il y a si longtemps…. Toute ma famille était réunie à Caussade autour d’un bon repas que ma grand-mère Alice, excellente cuisinière, avait préparé avec amour.

Mon cousin Bernard avait 8 ans, ma cousine Dominique 6 ans , j’étais l’aînée. Le repas durait, durait éternellement, les adultes se racontaient des souvenirs, parlaient de gens que nous n’avions jamais connus : « tu te souviens le jour où… ? «  « et celle-là , qu’est ce qu’elle est devenue ?…. » « mais non tu te trompes, c’était pas ce jour-là que….. » et les langues allaient bon train.

En un mot comme en cent : nous, les enfants, on s’ennuyait ferme ! Personne ne s’occupait de nous. Nous attendîmes quand même le dessert : une tarte aux prunes du jardin que ma grand-mère avait préparée !

Une fois le dessert avalé, mes cousins et moi avions envie de sortir de table : on nous accorda la permission. Nous filâmes au jardin !

Nous jouâmes à toutes sortes de jeux de gosses : au ballon, à trappe-trappe, à cache-cache, une fois ces jeux épuisés, nous ne savions plus que faire ! Pas question de rejoindre les adultes à la salle à manger où ils étaient en grande conversation.

Alors, nous eûmes eu une idée magnifique ; je crois savoir de qui elle émanait : de moi et de mon cousin qui était sous mon influence d’aînée .

Je m’adressai à lui : «  tiens, si on coupait le tilleul ? Ça leur fera une drôle de surprise quand ils le verront par terre !» « Ah oui ! Bonne idée ! » répondit il.

C’était un grand tilleul qui faisait ombrage dans le jardin, près de la maison. Je l’avais toujours connu et bien des fois escaladé ! Et à la saison, il nous donnait ses fleurs odorantes, pour la tisane du soir.

Nous allâmes sous le hangar où mon grand-père rangeait ses outils de jardin, là, je pris une scie, Bernard prit une hache, La petite Domi nous regardait mais ne disait mot.

Nous nous rendîmes vers le tilleul, et là, nous commençâmes notre travail de sape. Bernard d’un côté de l’arbre avec la hache, moi de l’autre côté avec la scie, nous cognions et sciions de toutes nos forces : cela dura un bon moment. Et Han ! Han ! Han ! On voulait faire tomber le tilleul à tout prix : pour faire une surprise aux adultes !!!

Le tilleul devait souffrir, mais il était dur à « tomber », nous lui avions quand même fait une belle entaille de chaque côté du tronc !

Quand tout à coup, alerté ou par notre longue absence, ou par le bruit que nous faisions, mon grand-père surgit au jardin : son visage se décomposa quand il nous vit armés d’une hache et d’une scie !

« Millo Dioùs ! qu’est ce que vous faites ? Arrêtez ça tout de suite ! Mais vous avez le Diable au corps ! Millo Dioùs !

« On voulait vous faire une surprise ! » Dis je sottement, ne sachant pas quoi dire pour nous justifier.

Il nous dit simplement  d’une voix blanche : « allez rentrez tout de suite ! et que je ne vous y reprenne pas ! » Ce n’était pas un violent mon grand-père, c’était un homme sensible et en l’occurrence, il se faisait du souci pour son tilleul et pour notre santé mentale !

Nous, garnements, nous avons dû nous faire sermonner par la famille, mais de cela, je ne m’en souviens pas. On m’a sûrement fait porter la responsabilité en tant qu’aînée : « plus c’est grand ! Plus c’est bête ! » Combien de fois ai-je entendu cette phrase, mais je n’en avais cure !

Je me souviens , par contre, que mon grand-père alla acheter un baume cicatrisant pour soigner son arbre et qu’il réussit à le guérir.

Aujourd’hui, en 2018 , le tilleul est toujours là, il a vu mourir beaucoup de ceux qui s’abritaient sous son ombre en été, et si les arbres ont de la mémoire, il doit se souvenir des ses tortionnaires, de ces jeunes écervelés qui l’avaient maltraité !

Aujourd’hui, je te demande pardon mon arbre, pardon mon tilleul plus que centenaire !

 

©Marie Combernoux

4+

je ne suis plus une jeunette, je suis née le 3 Avril 195....et quelque, j'ai été élevé jusqu'à mes 12 ans à Caussade (82) par mes grands parents , qui étaient agriculteurs et négociants en fourrage, j'ai été élevé entouré de nature, d'animaux de basse-cour, d'un jardin, et j'ai aussi appris l'occitan car entre eux mes grands parents le parlaient. Après 12 ans de bonheur , je suis allée vivre àToulouse, avec ma mère et son mari. A partir de là, ce fut une autre histoire.... je viens d'écrire un libre de nouvelles, réelles et fictives, et de poésies, j'attend sa sortie. Voilà un peu de moi, mais vous ne savez qu'une partie de ma vie riche et cahotique à la fois Bien cordialement.

Lien Permanent pour cet article : https://www.plume-de-poete.fr/le-diable-au-corps-marie-combernoux/

2
Poster un Commentaire

avatar
2 Sujets de commentaires
0 Réponses de commentaires
0 Suiveurs
 
Réaction sur ce commentaire
Le plus important commentaire
2 Commentaires des Auteurs
Marie CombernouxChristian Satgé Commentaires récents des Auteurs

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S'abonner  
Plus récents Plus anciens Plus de votes
Me notifier pour :
Christian Satgé
Membre

Joli souvenir d’une mauvaise action. Mais comme une hirondelle ne fait pas le printemps, une “bêtise” ne fait d’un ange un disciple de Lucifer, même bon. Merci pour ce partage : vos écrits, Marie, ont pour moi des parfums liés à mon enfance : les repas de famille qui s’éternise, les jardins des Anciens, l’amour simple d’une nature qui sait rester généreuse à qui lui est bon,… Un temps sans théories fumeuses où le bon sens – et l’espièglerie – avaient toute leur place. Au plaisir de vous lire à nouveau…