«

»

Sep 28 2019

Imprimer ce Article

Le Cochon d’Auvergnat – Philippe X

   Monsieur

   Les mots, autrefois, avaient un sens en Haute Auvergne.

   Pourquoi en «  Haute Auvergne » ? encore faut-il qu’il existe deux Auvergne, une haute et une plus basse….

   Ôtez- moi d’un doute, ce bastion qu’est le Massif Central est bien une forteresse implantée au cœur de notre beau pays de France, imprenable par les étrangers et imperméable aux idées étranges de tous ceux qui lui sont étrangers.

   J’aurais très bien pu être originaire de ce lieu qui vit jadis une poignée d’irréductibles braillards mettre la pâtée à un orgueilleux envahisseur latin.

   Le reste de mes cinquante autres pour cent est de provenance inconnue, en ces temps jadis la traçabilité n’était pas de mise… Autre temps autre mœurs. Sur ce constat, je ne serai jamais un Loup bio.

   Le sens de la formule….

   Le « pôvre » comme il est coutume de dire dans le grand Sud, il est devenu « le Ravi » des crèches provençales, continuant sa poursuite des « moulins d’avant », la queue entre les jambes… C’est « énaurme » mais c’est comme ça dans le « Nord »….. Sacré Jules…. comme quoi avec ces diables d’auvergnats on peut être un CÉSAR et devenir le roi des cons.

   Les historiens racontent même que pour effrayer les légionnaires romains, les femmes se ruaient en première ligne, tous seins à l’air….. et les assommaient à grands coups de mamelles… paroles de BRASSENS dans les histoires vécues au marché de Brive la Gaillarde et de la Guerre des Gaules du même humilié Jules.

   “Monsieur” désignait l’animal préféré des 50% de mes ancêtres : le cochon. « tout est bon dans le cochon » à tel point qu’il est devenu le roi de la fête car il existe bien une Saint-COCHON !

   Ses morceaux sont consommés tout au long de l’année, ils agrémentent bien des repas, donnant une valeur ajoutée aux plats parfois pauvres que « le Gouvernement » s’ingéniait à préparer pour nourrir, rassasier ou cajoler les ventres affamés de biens des convives.

   Combien de repas sont devenus « jours de fêtes » grâce à la présence d’un saindoux, de quelques fritons ou d’une tranche de couenne…. c’est après ces miracles que fut inventée la Saint Cochon.

   Si Monsieur est un cochon, que pouvons nous dire de Madame ? Madame est une institution.

   Personnage très important, dont la pensée sert de référence irremplaçable et inattaquable. C’est le fameux bastion, le MASSIF-CENTRAL .

    L’institution est ce qui est établi par l’arbitraire (dans le langage, les traditions, les mœurs) et s’oppose à l’instinctif.

    L’Auvergnat, pour mener à bien ses excursions en territoire inconnu, a bien été forcé de descendre de sa montagne à cheval (vieil air connu ) et de confier ses intérêts et la bonne marche de ses affaires  à une personne digne de confiance et sur laquelle il pouvait compter, durant son A.S.M ; (je fais allusion non pas au club de rugby mais à une Absence Sans Motif ! )

   Compter, ça il sait faire…, sur ses doigts, dans sa tête, sur les autres.

   On lui a prêté cette phrase : un « choux est un choux »….Ce ne sont pas des attitudes de pingre mais des paroles d’un homme qui connaît bien la valeur des choses.

   Il quitte «comme un vol de gerfaut, son charnier natal », laissant la marche de ses affaires entre de bonnes mains, assuré et rassuré de retrouver la quiétude à son retour.

   Le repos du guerrier en quelques sortes.

   Ainsi est né son : Gouvernement.

   Le Patron c’est l’homme…, la femme c’est le gouvernement…

   Mais que peut faire un capitaine sans équipage… sinon tourner en rond.

   Le Gouvernement existe aussi en dehors des liens du mariage.

   Le seul avis que j’ai voulu prendre en compte, c’est celui de Margaridou, cette paysanne du Cantal dont la vie et les recettes ont été réécrites par Suzanne Robaglia en 1935.

   Ce livre  Margaridou, journal et recettes d’une cuisinière au Pays d’Auvergne est une véritable bible pour qui s’intéresse aux coutumes et traditions culinaires auvergnates.

   Ce n’est pas qu’une simple compilation de recettes, mais la vie d’une femme qui se met au service d’un médecin de campagne vers Saint Flour (15), et donne ses impressions au fil des saisons.

   Dans ces régions battues par la burle de la Planèze et écrasées par le soleil de la Limagne, la dureté de la vie est présente à chaque saison.

   Chaque main et chaque paire de bras sont indispensables à la survie de la famille. Celles des femmes le sont plus encore, car en croisant les bras, elles conservent les secrets qu’elles ont arraché à ces terres inhospitalière, à ceux qui n’ont pas su les faire fructifier.

   Un ami me disait : “une femme qui ne travaille pas est un capital qui dort”, excessif ?

   Peut être…. mais c’est souvent dans le silence et la plus grande discrétion que son Gouvernement travaille l’Auvergnat est bien secondé.

 

©Philippe X – 28/09/2019

 

3+
En roue libre | [email protected] | Site Web

'' nul n'est prophète en son pays''...c'est pour cette raison que je voyage.
''Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit.''...vous êtes mes invités, au banquet de la littérature....

Lien Permanent pour cet article : https://www.plume-de-poete.fr/le-cochon-dauvergnat-philippe-x/

9
Poster un Commentaire

avatar
4 Sujets de commentaires
5 Réponses de commentaires
2 Suiveurs
 
Réaction sur ce commentaire
Le plus important commentaire
5 Commentaires des Auteurs
Philippe XIRIS 1950Simone GibertChanTal-CChristian Satgé Commentaires récents des Auteurs

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S'abonner  
Plus récents Plus anciens Plus de votes
Me notifier pour :
IRIS 1950
Membre
IRIS 1950

Voilà le cochon d’Auvergnat bien narré. Que de talent. Bel après-midi à vous. IRIS

Simone Gibert
Membre
Simone Gibert

Merci pour cette chronique dont le style “m’épate” et que je ne pourrai jamais écrire …

ChanTal-C
Modérateur
ChanTal-C

Que j’aime cette chronique tel un hommage étincelant pour les habitants de ce coin de France : l’Auvergne…
Les hommes forts, rudes et courageux, mais aussi, les femmes qui portaient sur leurs épaules la lourde tâche de “gérer”
la famille…
Merci Philippe pour ces vérités, ignorées ou méprisées parfois, mais que vous avez su éclairer grâce à votre talent de conteur…
Amitiés

Chantal

Christian Satgé
Membre

Une ien bel hommage à des mœurs qui ne sont peut-être pas si révolues que cela, mon cher Loup. Merci d’avoir une plume aussi alerte et bien encrée… dans un passé qui me ravigote. Amicalement…