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Juin 13 2019

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Le cabot et le corniaud – Christian Satgé

Petite fable affable
 
Un chien chiche-face, n’ayant guère usance
Des os qu’il avait enterrés quand se mouraient
Ses pairs dehors jetés, répétait que l’aisance
Venait à qui se levait matin et qu’il suffirait
De traverser la rue pour trouver un bon maître,
Pour vivre heureux, quelque écorne que la vie
Vous ait faites et où elle vous ait fait naître.
Inutile donc d’avoir mépris ou envie.

Un cabot de rien, fort fendu en gueule
Couvant plus souventes fois maladies qu’œufs d’or,
Ayant défauts qu’on ne saurait, sauf les bégueules,
Celer ni mettre sous scellés, jouant les cadors
Trouvait que de tels parlers étaient de gros mensonges :
Le radin s’emberlucoquait et, présomptueux,
S’acharnait à rester un de ceux qui ne songe
Qu’à manger à leur faim en restant vertueux :
« Quoiqu’ensomeillé bien après la mi-nuit 
Et désommeillé à la pique du jour je reste
Les pattes trémulantes et le corps estéquit,
Errant prou et mangeant peu, hélas, aussi preste
Que je sois à saisir, ma foi, l’occasion
Qui passe. Toi qu’es né riche, tu l’as facile !

– Se peut que non, se peut que si !… La prévision
Est ma force, et je ne suis pas difficile.
Va !… Se rebeller contre sont sort est inutile
À moins, Corniaud, que tu n’aies perdu l’esprit
Qui chez toi, à tout dire, semble peu de choses.

– Si j’écoutais mon courage qui, lui, a grand prix
Mais, là, ne me dit rien tu aurais ta dose :
Tu verrais, je te jure, tout ça d’un autre œil !

– C’est chié chanté ! Approuva le cabot pingre.
C’est moins bravoure que bravade, corniaud,
Car tu es, sot, des plus faibles et des plus malingres.

– Tu oublies que tu es seul, et moi, tout agneau
Que je te paraisse, je suis vraiment sur les dents.

– Oh, sur les rares qui te restent tu veux dire !

– L’empâté qui nourrit d’insultes les perdants,
Matin, finit en pâtée. C’est aisé à prédire ! »

 
© Christian Satgé – décembre 2018
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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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J’ai aimer cette pièce burlesque canin
Entre deux chien qui ne manque pas de chien
Douce après midi bises l’ami

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