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Mai 31 2017

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La Poésie, moins éclairante que la prose ? (2) – par Frédéric Matteo

La semaine dernière, dans l’article précédent, après avoir raillé – non sans franche gaîté, ni haute pertinence – deux déclarations représentatives des raisons pour lesquelles les philosophes des Lumières crurent bon de plonger l’art poétique à jamais dans un honteux discrédit, j’avais promis de satisfaire ceux qui voulaient être payés de raisons plus sérieuses (à leur gré) et plus serrées, en faveur de l’impitoyable geôle de mépris dans lequel j’ai relégué les assertions de ces « lumineux », et maintiens qu’il faut les laisser enfermer jusqu’à ce qu’elles exhalent leur dernier souffle de gueules putrides. C’est donc à honorer cette promesse que se consacre cet article ; bref, accrochez-vous.

Citons de nouveau, pour ce faire, le beau jugement de Houdart de la Motte, notre premier « lumineux », pour commencer :

« Le but du discours n’étant que de se faire entendre, il ne paraît pas raisonnable de s’imposer une contrainte qui nuit souvent à ce dessein et qui exige plus de temps pour y réduire sa pensée qu’il n’en faudrait pour suivre simplement l’ordre naturel de ses idées. »

Ainsi, au nom du « but » déclaré du « discours », celui de « se faire entendre »  – comme si l’on ne parlait que pour être « compris », dans la vie ; mais, admettons, pour l’instant – voilà que la faiblesse de ceux qui, s’adonnant aux vers, ne rendent par là leurs  propos  que plus faibles et plus confus, à l’instar de qu’en disait Fontenelle, suffit à faire de la poésie un art quasi délirant en soi.

Jugement on ne peut plus douteux, cela va sans dire.

Qu’on s’attache, en effet, à prouver que Racine, Molière, la Fontaine, Corneille, par exemple, sont des auteurs ayant échoués à se faire entendre distinctement, et se sont laissés aller à se faire  les promoteurs  d’idées, de sentiments, de valeurs, « souvent » étrangers à ceux qu’ils visaient, parce que la versification les menait aussi « souvent » au gré de son délire intraitable. lol.

Qui sait ? Peut être dans « Andromaque » Racine voulait-il écrire une comédie en un seul acte, autour du personnage d’une mère de famille heureuse et comblée, où chacun agit uniquement selon son caprice et en toute déraison ? Après quoi, malheureusement, l’ « art des vers » aurait conduit ce pauvre Racine, bien malgré lui, à écrire une tragédie en cinq actes, autour du personnage d’une mère captive en un pays étranger, une reine déchue qui vit périr devant elle sous le glaive époux et enfants au sein de sa cité en flammes, et qui finit par se résoudre au suicide à l’issue d’un mariage forcé, le tout suivant une intrigue où chaque personnage ne fit un pas qui ne fut celui de la logique implacable de la passion tragique, et souvent mortelle, qui l’étreignait.

Non qu’à l’occasion Racine eût « parfois » réussi à écrire la pièce qu’il voulait, mais Andromaque, comme « souvent », fut seulement le fruit des caprices de la versification. Eh, oui ! Supposition, bien évidemment, vertigineuse de ridicule.

Aussi, déclarons-le sans ambages, le jugement de Houdart de la Motte sur la Poésie et sur l’art des vers est faux. Et non seulement faux, mais aussi menteur. Et certainement pour d’autres lamentables raisons que celle d’une simple vengeance de sa vanité sur le dos d’un miroir trop imposant, à son goût, à son mauvais goût, de ses faiblesses, de l’incapacité de son génie à se transcender dans l’art des vers.

Je reviendrai certainement là-dessus. Mais pour l’heure, il convient d’affirmer avec force qu’un auteur peut donner, en vers, autant de vigueur et de clarté qu’il veut à ses propos. Cela dépendra de son talent, ou de son génie – de son travail, à coup sûr – un attentif, patient, et long travail, aussi doué fût-il au départ – et de rien d’autre. Et certainement pas de « l’art des vers », qui, loin de le gêner de par une quelconque déraison inhérente à sa nature, pour peu que notre auteur s’y soit familiarisé avec le sérieux que je viens d’évoquer, permettra à son génie de se transcender avec une aisance hautement supérieure à celle que lui permettrait le cadre moins rigoureux, plus lâche, plus flottant, de la prose.

Ce qui nous fait conclure ce que certains savaient déjà, à savoir que la bonne prose, une prose rigoureuse, vivante, expressive, personnelle, est de loin plus difficile à écrire que le sont de bons vers.

La contrainte, en effet, donne un cadre à la pensée et à l’expression, un champ d’investigation défini, qui leur permettent de s’ordonner suivant une direction forte, de définir des écueils, des valeurs positives, un mode d’exercice, bref, qui les tire du fatal chaos dans lequel elles échoueraient plus de neuf fois sur dix dans le cas contraire ; c’est-à-dire lorsqu’elles avancent au gré d’une volonté errant à l’aventure, suivant le fil d’intuitions et d’inspirations nées d’impulsions fomentées sans presque une once  de délibération consciente, et qui, lorsque cessent ces élans  – car il de leur nature de devoir cesser aussi spontanément qu’ils ont surgi –  mènent quasi invariablement toute honnête personne à la fameuse « panne » d’inspiration, au doute sur la valeur de sa production, et, en fin de compte, à l’abandon de celle-ci au fond de quelque triste tiroir.

Mais il ne paraît « pas raisonnable », c’est-à-dire qu’il est manifestement délirant ou stupide,  à Houdart de la Motte de s’imposer d’autres contraintes que celle de suivre « l’ordre naturel de ses idées »…

Mais que diable peut-il bien entendre par « l’ordre naturel de ses idées » ?

La suite sur mon blog, en cliquant sur le lien suivant : https://fredericmatteo.wordpress.com/2017/05/30/la-poesie-moins-eclairante-que-la-prose-2/

Bonne lecture !

Cordialement,

Frédéric Matteo

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