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Jan 24 2020

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La Bohème… (2) – Philippe X

 

 

« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître »

    En effet, je pourrais vous demander : «  Où est passée la Bohême » ?

    Et vous en paisible habitant « Ducoin » vous me répondriez :  « il y a bien longtemps que cet établissement est fermé ».

    Ce restaurant était situé au croisement d’une nationale et d’une départementale menant à haut lieu, d’une victoire d’une bande de gaulois braillards et franchouillards sur des touristes romains bien décidés à implanter  un nouvel art de vivre : la pizza.

    Comme le disait un con sacré : « Magnéto Serge ».

    Installé dans un vaste champ, ce restaurant qui se voulait être original, l’était de par son infrastructure.  Six roulottes hippomobiles étaient disposées autour d’un bâtiment central, pour recevoir une clientèle locale, assoiffée qu’elle était de nouveautés culinaires.

    Un présentoir proposait un menu « typiquement bohémien » et des plats certifiés « made in Gitanie » paroles de cuisinier qui savait y faire.

    Vous les « gars-stronomes », savez très bien que ce qui fait la renommée d’un met, c’est son accompagnement. Dans le cas présent, pas d’exception pour confirmer la règle, mais deux violonistes qui se disaient tziganes, tirant de leurs violons des sanglots longs, pour faire avaler les notes salées.

    Je ne me prononcerai pas sur la qualité de la marchandise mise en œuvre pour abuser les bourgeois bégueules, mais pointerai un doigt scrutateur sur la soirée  inoubliable qui s’est déroulée un soir de Juin.

    Quand l’emballage est plus beau que le cadeau :

      – Salade Bohémienne : assortiment de légumes crus, baignant dans un jus épicé « en diable ».                           – Salade Tzigane : aubergines, poivrons (trois couleurs s’il vous plaît) cuits à la plancha, effilochés et servi avec un filet d’huile d’olive et un ailloli boosté au vinaigre de Banyuls.                                                             – Méli-mélo (pas à la bouche ) de légumes en conserve, câpres et « variantes », capable de décaper la lampe de chevet de tata Odette.

     Le chef proposait  ensuite, un assortiment de « charcuteries Tziganes , en vous prenant vraiment pour des andouilles. 

     Vous l’aurez compris, la baguette de ce chef « spécialiste de la cuisine de Gitanie et de Tziganie » était magique, elle transformait tous les ingrédients proposés dans ce restaurant, en fabuleux mets du Voyage.

     Nous étions cinq justiciers, bien décidés à faire éclater la vérité ;  nous comparer à des critiques culinaires serait déplacé, mais nous étions comme ces étoiles filantes « Mi-chelin, Mi-chelous ».

    Mon Beau-père et sa fille Catinou, un Hongrois répondant, quand il le voulait, au nom de Savé, son fils Capeî et votre conteur formaient cette escouade de « branleurs de chef cuistot ».

    Habitués à fréquenter l’entrée des artistes, c’est par les cuisines que nous avons fait connaissance avec la direction du restaurant.

    Nous avions réellement l’air et la chanson de ce que nous étions, des Romanos, un peu éméchés, en mal d’aventures.

    A mon grand étonnement, nous fumes reçus les bras grands ouverts par le patron qui, soit dit en passant, était un honnête homme, mais poussé par le désir d’innover, il avait poussé dans cette voie son cuisinier. 

    De nombreuses tournées « de tout ce qui peut se boire » furent servies et englouties. Nous avions l’art et les manières de faire la fête, et bientôt, c’est dans la salle du restaurant que nous avons « allumé le feu ».

    Reprenant des airs traditionnels du folklore Russe et Hongrois, il ne fallut pas attendre trop longtemps pour que les consommateurs se joignent à nous pour faire la fête.

    A l’extérieur, Mon Beau-père préparait une recette typique du Voyage, la poule à la glaise. Une poule est entourée de terre glaise humidifiée, puis enterrée dans un trou de faible profondeur sur lequel est allumé un grand feu de bois.

    Après « un temps certain », la boule de terre est extraite des braises, puis la gangue formée par la terre est cassée. Les plumes et le duvet restent collés à la terre, la viande fumeuse est juteuse consommée.

    Quand aux déchets, plumage et reliefs de repas, ils seront restitués à la terre dans le trou rebouché.

    Ainsi nos ancêtres du Voyage pouvaient voler des poules, les manger et faire disparaître toutes traces de leur forfait lorsque la maréchaussée les traquait dans nos campagnes.

    Nous menions une sarabande dans la salle et l’ambiance était cordiale. Les clients s’amusaient, consommaient plus que d’habitude et tout était bien, très tard dans la soirée.

    Comme dans toutes les soirées un peu trop arrosées, il faut toujours qu’il y ait un gars plus malin que les autres, un « barjot », plus foutraque que les autres, un qui ne résiste pas au célèbre défi « t’es pas cap. » et ce soir là…ce fut Moi.

     « T’es pas capable de sauter le comptoir à pieds joints. »                                                                                   « Moi pas cap. ? ».

    Et me voilà devant un groupe de fêtards avinés prêt à jouer ma réputation.

    Le départ se passa très bien. Concentré que j’étais,  conscient du défi à relever, je m’appliquais à ce que mes gestes soient parfaits, tel un artiste de cirque,  le décollage dans les règles de l’art fut effectué avec maestria, la détente tout en souplesse me permit de franchir le mètre cinquante qui me séparait de la gloire…. I believe i can fly… I believe que je « just done it »….

    Et c’est avec toute la grâce d’un pachyderme en tutu, que je retrouvais le plancher des vaches, accompagné, non par un concert de clarines au matin des sonnailles, mais par le tintamarre de vaisselle cassée  et de cris de joie d’un public ravi.

    L’affaire  fit grand bruit, et à l’évocation de cet exploit, encore de nos jours, devant les moqueries, je reste coît.

    Dans les cuisines, un autre épisode se déroulait, tout aussi imprévu mais moins fatigant pour celui qui le vivait.

    Le jeune cuisinier avait dégotté dans la réserve, un tonnelet de vin des Pyrénées-Orientales. 

    L’assemblage de  grenache, syrah, mourvèdre faisait merveille pour donner de l’entrain et de la joie à qui savait le consommer avec modération…… sans faire allusion à des doses homéopathiques, SAVE et le jeune « gâte-sauce » avaient rejoué les « délices de Capoue» prétextant que dès lors qu’un vin est tiré,  nécessité est faite de le boire… le sommelier somnolait avec l’air hébété.

    À SUIVRE…

.

©Philippe X – 23/01/2020

 

 

 

 

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Le saut de comptoir pieds joints, juste hallucinant ! C’est nous qui sommes à la fête en vous lisant 🙂

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