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Oct 19 2017

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L666 Un Cri – Mamagly (OL.D)

Ô

Vous les vivants,
avez-vous donc tout oublié ?….

©Un CRI
©All rights reserved -Mamagly L666(64)

A toutes Celles Qui Sont Restées, et Celles

Qui Sont Revenues
A tous les descendants  de ces femmes courageuses. 

Au Monde!
©Marie-Magdeleine Delabre (Mali),

Benjamine (dans la résistance),1964

déportée en 1944 à Ravensbruck, Koenigsberg/oder,

libérée en 1945

Temps gris, Temps triste,
avec la pluie qui mouille les lèvres,
je songe…
Souvenirs jamais en allés qui m’assaillent
comme m’assaillaient ces bourrasques de neige,
comme me cinglait cette pluie…

Souvenirs jamais en allés et qui ne s’en iront jamais
Jamais… comme ceux qui sont morts
et qui ne reviendront jamais non plus,
que nous ne reverrons jamais…
Jamais…
Souvenirs jamais en allés…

…Pauvres petits corps si maigres et si usés, si transis, si glacés,
pauvres petits corps d’adolescents privés de tout.

La pluie, la boue dans laquelle s’enfoncent les pieds blessés,
les pierres, les cailloux contre lesquels
heurtent les os douloureux.
Cette douleur profonde, continue…

Je songe à nos souffrances endurées,
à notre espoir,à  notre désesperance, aux longues heures
qui ne finissaient pas…
“Souffrance, Peur…Vie qui s’en va.”

Dos courbés par le froid, toujours,
épaules maigres perçant la robe,
-j’aperçois la peau grise et les plaies qui suppurent,
-je devine, je sais, je connais,  la danse infernale des poux…

…Pauvres petits crânes d’oiseaux déplumés
aux grandes oreilles plantées là
comme des feuilles de choux, avec le vent qui s’engouffre dedans,
et 1a douleur lancinante aiguë qui se niche
au coin du nez, au bas du ventre, en haut des épaules, des jambes…

Peur lancinante aussi qui vous serre aux côtes comme le froid…

Regards enfoncés, assombris, affolés, fiévreux
où semble stagner le crime, l’idée de crime…
Quand passe,  passe un homme à la tête de mort
Comme il serait beau dans un sursaut de vieille force ensevelie,
d’égorger un gardien…
serrer, serrer, même en mourir après…

Mais la folie qui naît, aussitôt s’éteint,
le regard sait être deux ; fiévreux, et triste, triste…
et celle qui voulait tuer le matin, parfois est celle qui
meurt aujourd’hui le soir…
le regard noir est glauque, vitreux,
la bouche s’entrouvre déjà, et l’on attend
le dernier râle, le soupir rauque auquel l’on ne sursautera plus…

Ô, ces bouches entr’ouvertes… ces gouffres noirs…

Rien à étreindre ici, que sa douleur…
et la pelle que l’on mord parfois pour ne pas hurler sa souffrance…
Souvenirs jamais en allés et qui ne s’en iront jamais…

 <<La ronde des os courbés sous la peur,
ah, ah, les corbeaux noirs ricanent en rasant les crânes nus,
ah, ah, la ronde de damnés qui pellettent  et creusent,
 ah, ah, la ronde des échines craintives
où se perche la neige,
 ah, ah la ronde qui n’en finit pas…>>

C‘est la chanson des corbeaux qui rasent nos têtes.

Vent qui cingle,
gravier qui s’enfonce dans notre chair,
le ciel qui noircit et voici la bourrasque de neige

Yeux, nez, bouche… étouffés, envahis, gelés,
l’étoffe qui se plaque trempée contre les hanches… ah !…
Un cri...
Une femme de plus étendue au sol, raidie et blafarde…

Des milliers comme ça depuis cinq ans souffrent et meurent…
Des miliiers des nôtres qui ne reviendront plus.
Des milliers dont le corps usé et douloureux
faisait rire les corbeaux …
mais dont le coeur ardent brûlait
………………………………………….et qui gisent maintenant à jamais.

Et Nous les ressuscitées, Nous qui avons gagné à la loterie ?…
Pourquoi Moi? Et pas les autres…
si peu d’âmes ressuscitées pour le nombre de corps revenus…
si peu…..

Courage, orgueil, volonté… restées là bas,
ensevelies à coté des nôtres qui ne reviendront jamais ici…
mais qui possèdent la Vie et la Lumière
alors que nous sommes des morts ou des agonisants…

Pour Nous, la Vie de tous les jours,
la plus idiote, la plus mesquine, la plus envahissante aussi
nous a repossédées instinctivement ;
nous avons repris les gestes de jadis…
nos corps automates sont privés de toute lumière,
tout est resté là-bas, tout s’est usé,
il ne reste plus que jouissance, égoïsme
mesquinerie et méchanceté…


Dure la peine de ne savoir pas vivre
Demeurant les regrets de notre incompétence
Restent la tristesse et le dégoût de la vie d’aujourd’hui…

Automatiquement, les corps de pantins
dont l’on tire les ficelles, agitent leurs membres
des pantins nous ne sommes plus que cela…

Les faits, les gestes abhorrés se reproduisent comme autrefois.
Privé de vie spirituelle
l’homme qui vécut avec un cœur et un esprit
alors que son corps défaillait, maintenant
qu’il est rentré en possession de son corps
ne sait plus vivre que comme un animal.
Le plus bête d’entre tous les animaux
1e mouton qui suit les autres, le singe qui les imite,
Celui qui ne fait qu’imiter les autres,
agit comme celui qu’il blâmait, vivre la vie qu’il détestait…
C’est à dire subir mais ne point vivre.

Je me demande alors si ceux qui sont morts
n’ont pas mieux choisi…
lls ne regrettent rien ;
ils ont la Vie.
 
Benjamine (Mali)
©UN CRI -1964- Marie-Magdeleine Delabre (Mamagly)

3+

Née le 28octobre 1922, Marie-Magdeleine Delabre fille De Maurice Delabre (Cour des Comptes) et de Marie Aline Cousin, vécut au 14rue de beaune à Paris07.
1ère aux Beaux Arts, non notée, en dessin. Elle entra dans la résistance dès le début en compagnie de son frère Jean-Marie Delabre (arrêté le 20/07/44, puis déporté). Elle fut courrier à Défense de la France, où elle y croisa son futur époux Francis, lui-même chef de liaison médicale France-Nord. Benjamine (pseudo) fut arrêtée le 04/08/44 à Paris, puis déportée à Ravensbruck, et Koenigsberg sur Oder, par le dernier train parti de Paris, avant la libération de Paris. Libérée en Mars45 par Joukov. Elle revint en France en torpilleur anglais, de Odessa à Marseille.... Elle eut treize enfants.
Décorée de la Légion d'Honneur et Médaille de la Résistance
cette correspondance fut établie de 1943 à 1966, avec son amour....

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Anne Cailloux
Membre

Écrit tres touchant, pudique. L’impression de regarder par le trou dune serrure. Comme quelque chose de sacré.
Émouvant, des mots dune douceur infime pour des maux aussi terribles.. Respect.

Oliver Delabre - (Delloly)
Modérateur

oui, respect est le mot pour cet écrit
merci Anne pour l’avoir lu et osé laisser un ressenti
Bise

Val Reval
Membre
Val Reval

Ce que je ressens de ces mots est une ode à la Vie vivante assassinée mais morte en Vie, et un dégoût envers cette vie mourante à l’odeur de mort qui n’est pas digne de la Vie. Les ressuscités sont morts vivants les morts sont des vivants morts. Ce texte est un poignard aiguisé.
Mes respects Mamagly,
Val

Mamagly
Modérateur

Oui Val, oui morte de Vie, tu as tout compris
Tu es adorable et touchante
je te remercie pour sa mémoire !
Bise

ChantalC
Modérateur
ChantalC

Dire l’indicible dans “Un Cri…”
“Un Cri” venant du plus profond de l’être, vibrant et douloureux,
et d’une telle beauté… à nous couper le souffle !
Merci Mamagly

Chantal

Mamagly
Modérateur

Oui chantal, son écriture est des plus fabuleuse
autant pour exprimer la souffrance que le bonheur
écriture poignnate et moderne
merci pour sa mémoire
O

Georges Roda-Gir
Membre
Georges Roda-Gir

Ce poème est d’une beauté terrifiante, si je peux m’exprimer de cette façon. C’est un douloureux poème.Nous ne savons rien!!Nous essayons d’imaginer. Nous essayons de transmettre (la mémoire et l’oubli).
Qui est Mamagly?

Mamagly
Modérateur

Merci Pour Mamagly, MarieMagdeleine Delabre, une femme , comme des milliers, extraordinaire
douée des mots et du dessiné ! Oui, ce qu’elle a écrit en 1964, est une page terrifiante sur un épisode
de sa vie…. Je vous remercie pour votre commentaire si touchant….

Jeanine Chatelain (Belle des Bois)
Membre
Jeanine Chatelain (Belle des Bois)

Magnifique
c’est un magnifique texte pour le devoir de mémoire et pour ceux qui ont tendance à oublier ces horreurs passées de la déportation .

Mamagly
Modérateur

Merci Jeanine, pour Elle et toutes celles ayant vécu…… cette horreur !

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