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Nov 03 2017

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L054a Nuit parisienne automnale – Mamagly (OL.D)

© Nuit parisienne automnale
©All rights reserved -Mamagly L054a(43)

(Lettre de Marie-Magdeleine Delabre à son fiancé hospitalisé)

 

Nuit parisienne automnale 22 oct 1943

Cauchemars cette nuit.
J’ai pleuré, sangloté de désespoir en rêve
et je me suis réveillée la tête lourde, égarée.
J’ai sauté de mon lit apercevant sous le store
un faible rai de lumière.
huit heures et demie !…
Le château de la Belle au Bois-Dormant.
Qui donc a jeté un charme
pour nous endormir Tous…
 
Marileine ! Folle !
il était six heures trente,
et me voici joyeuse d’être debout sitôt.
Ma pauvre tête est encore lourde
et le rêve s’oublie difficilement.
Quelle nuit !
peut-être tout ceci n’a-t-il duré
qu’un bref instant,
pour la petite fille que je suis,
ce rêve résume toute une nuit.
il fait doux et clair… c’est l’automne…

Les sanglots longs des violons l’automne… etc. etc.

Le ciel est rayé de fin du duvet blanc,
comme du coton aminci que l’on éparpillerait.
En face ; des fenêtres et des fenêtres,
et des nuits et des toits…
Ah, trop, trop de tout cela.
Un maigre et chétif marronnier, jaunâtre,
même pas poli,
des pots de terre, où pourrissent,

où achèvent de pourrir des feuilles
ou qui furent des feuilles.

C‘est triste ce matin l’automne dans une cour,
entre quatre murs ocres percés de fenêtres,
qu’on ouvre jamais.
C’est triste une cour,
même pas d’herbe entre les pavés ;
Des cageots, des lessiveuses,
des caisses de vin (bouteilles vides)
un triporteur, une vieille statue.
La Vie parisienne avec ce qu’elle a de plus triste ;
Impersonnalité – Grisaille.
Et derrière ces vitres et rideaux,
est-il possible qu’on vive, qu’on aime…
 
Sont-ils tous uniquement des machines, des corps,
ont-ils souci de leur âme ?
Savent-ils seulement qu’ ils en ont une,
qu’ils ne sont pas essentiellement des machines ?…
Ah, ce matin est triste.
Ces rideaux jaunes derrière ces vitres me hantent.
Je cherche en vain à percer des mystères
et j’ai peur du vide affreux
et de l’insignifiance des vies
derrière ces fenêtres closes ;  j’ai peur du vide…

Je suis folle ce matin et je ris, pour ne pas pleurer de cette folie débitée avec ce grand sérieux. Ne relisez pas,  Francis que j’aime. …

Pêle-mêle, j’écris ce qui me passe par la tête.
Et toujours tel un écheveau embrouillé, je tire sur un fil et si je ne le brise pas en chemin, c’est le voisin qui arrive.

 Et pourtant, pourtant, malgré la mélancolie de ce matin tiède “automnal” …. malgré la tristesse sourde et impardonnable qui m’oppresse, il fait clair. Je voudrais de la lumière, Moi !

Je n’ai pas le droit d’être triste pour moi.

Je ne veux pas me replier sur moi-même et m’apitoyer sur mon chagrin propre.

T’aimant, ta joie est ma joie…

… Le mot joie est idiot, je veux dire plein de choses, vie, plénitude (bonheur, encore une invention des hommes), et je dis joie.
Je ne sais pas parler, je ne sais pas écrire…

Je suis inquiète de votre santé Monsieur, et je suis impuissante à vous guérir.

Pourtant je Vous aime comme personne ne pourrait Vous aimer, puisque la seule à Vous aimer !.

Votre petite Marileine  ©(43)

 

4+

Née le 28octobre 1922, Marie-Magdeleine Delabre fille De Maurice Delabre (Cour des Comptes) et de Marie Aline Cousin, vécut au 14rue de beaune à Paris07.
1ère aux Beaux Arts, non notée, en dessin. Elle entra dans la résistance dès le début en compagnie de son frère Jean-Marie Delabre (arrêté le 20/07/44, puis déporté). Elle fut courrier à Défense de la France, où elle y croisa son futur époux Francis, lui-même chef de liaison médicale France-Nord. Benjamine (pseudo) fut arrêtée le 04/08/44 à Paris, puis déportée à Ravensbruck, et Koenigsberg sur Oder, par le dernier train parti de Paris, avant la libération de Paris. Libérée en Mars45 par Joukov. Elle revint en France en torpilleur anglais, de Odessa à Marseille.... Elle eut treize enfants.
Décorée de la Légion d'Honneur et Médaille de la Résistance
cette correspondance fut établie de 1943 à 1966, avec son amour....

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Delloly (Oliver Delabre)
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Toujours ces mots d’une tendresse infinie autant pour décrire l’angoisse
de ce Temps que le battement du cœur pour l’amour, son amaour
Merci, j’adore

Fattoum Abidi
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Fattoum Abidi

Merci très beau et triste partage, la vie nous berce entre ses beaux moments, et elle nous balance entre ses tristes moments ainsi vie l’existence avec ses deux revers dans son sens paradoxal.
Mes amitiés
Fattoum.

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