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Mai 08 2017

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L017 Déraisons de l’Amour – Mamagly (OL.D)

Francis, je crains de Vous avoir
fait de la peine ou dégoûté de Moi !
Quand donc perdrais-je cette timidité stupide
qui m’empêche de m’exprimer.
“J’ai peur des mots qui franchissent mes lèvres.
J’ai peur de ne pas tenir debout en vous les disant
ou en écoutant votre réponse.
Je suis déjà si troublée et envahie d’amour
par votre présence à mes côtés
que j’ai peur de moi-même et de mes réactions ;
J’avoue donc simplement ma faiblesse”.
Dites-moi que vous m’avez pardonnée d’avoir douté,
sans douter vraiment, de vos sentiments.
Était-ce par plaisir de m’entendre les réaffirmer ?
Malgré moi peut-être.
C’était trop beau
pour que je veuille ou puisse y croire .
Imaginez un peu ma vie de jeune fille ; Simple, calme…..

 
Alors vous êtes parti. Francis !
Oh! comme les heures vont être longues d’angoisse, longues à passer…
Je vous le répète, imaginez ma vie de jeune fille,
âme ardente, mais qui se refoulait et dominait,
et qui n’osait pas se montrer sous son vrai jour,
qui se diminuait à ses propres yeux…..

 
 En disant pardon,  je pense soudain au pardon
que vous m’avez dit aujourd’hui.
Vous m’avez dit : « Marileine, pardon pour tout cela »
vous vouliez dire pardon si je vous aime.
Mais c’est affreux de me dire cela !
Il ne faut pas, j’ai trop de bonheur
que vous m’aimiez un peu aussi.
Trop de joie, trop d’émotions, et c’est pour cela
que je ne pouvais pas croire cela possible.
Excusez ma franchise, et comprenez-moi.
Si je ne suis pas seule à vous aimer
cela change tout pour moi. Tout.
Obligée d’entrevoir l’avenir. C’est très sérieux.

Est-ce que nous allons passer comme cela des jours,
des mois,… à nous aimer,
à nous le dire ou à  nous le laisser comprendre,
sans autre but. Cela vous suffit-il ?.
Quand on s’aime vraiment,
est-ce possible un beau jour de se dire adieu
et de partir chacun de son côté
après avoir bien entamé son coeur ?
Et sinon, est-ce possible
alors de se contenter d’apparition fugitive
de l’être aimé et de ses lettres ?
C’est une question que je vous pose.

 
 Je connais ma réponse. Je sais que celui que j’aime,
je l’aime avec une force inouïe et que pourtant
je ne serai jamais arrivée au fait de cet Amour.
Je sais que l’aimant ainsi,
je l’aimerais toujours même absent (en souffrant beaucoup !),
et que je pourrais l’attendre des années fermes
(je dis que je pourrais, ce qui ne signifie pas
que j’aimerais cela… mais j’y arriverais).
….Je vous pose une question dont j’espère la réponse.

Francis vous savez n’est-ce pas
que je ne suis pas la petite jeune fille qui aime flirter… ?
Vous le savez n’est-ce pas ?
Donc vous comprenez qu’étant sérieuse et profonde,
l’Amour que je donne un beau jour,
comme cela, le plus généreusement du monde,
l’Amour que j’octroie pour la première fois
et la dernière fois à un autre être
qui sera le “plus” aimé,
qui aura la première et la plus belle place,
qui sera mon amour ; Vous comprenez
que cet amour est sincère et non une boutade,
qu’il n’est pas un oiseau de passage,
mais qu’il est tout pour Moi, le don complet
de tout mon être avec ce que j’ai de meilleur.

Cet Amour était donc pour Moi
et vous appartient puisqu’il va à Vous ;
il vous est destiné, cet amour s’il est un peu partagé…
Cela change toute la force des choses pour moi.
Et à cela y avez-vous pensé Francis.
—Saviez-vous quand vous m’avez dit dans votre lettre “je vous aime”!
—saviez-vous que vous vous êtes adressé à quelqu’un de sérieux,
n’ayant pas passé son adolescence
à éparpiller son coeur un peu partout,
à se contenter de petites sensations. ;
à se laisser dire : « je vous aime » en souriant
et en s’empressant de l’oublier
le lendemain avec un nouveau flirt..

 

©Déraison de l’Amour
©All rights reserved -Mamagly L017(43)

À mon tour je veux bien croire
que vous ne jouez pas avec moi
comme le chat avec la souris,
et que tout ce que vous me dites dans votre lettre est vrai.
Mais j’avais besoin de votre assurance.
Je vais vous dire une pensée
que je n’ai pas osé vous exprimer de vive voix,
de peur de rougir jusqu’à la racine des cheveux ;

Jai eu des remords
de vous avoir avouer mes sentiments,
parce que devant l’aveu des vôtres qui me comblaient trop,
je me suis demandé un instant si vous saviez que j’étais sérieuse
et
sans nulle intention de vous aguicher.
Je ne suis pas « coquette »…
Et je ne voudrais pas que Vous m’ayez prise pour cela.
Je vous aime de tout mon amour,
je ne pense qu’à Vous, vous êtes ma Vie,
déjà je souffre par Vous.
Mais tout cet Amour est venu malgré Moi.
Je ne l’ai pas combiné, je ne l’ai pas demandé
et je ne pensais pas cela possible ;
Je vais encore mettre mon Âme à nu, pardonnez-moi…
presque tous les garçons me dégoûtaient…
Et je n’avais pas confiance en eux.”

 
Je vous crois, je vous aime.
Je ne croyais pas possible d’être aimé un petit peu un jour,
parce que tous les types qui s’étaient crus obligés
de m’avouer les sentiments que je ne partageais pas,
me dégoûtaient parce que je savais qu’ils n’étaient pas sincères,
ou sincères qu’à demi, puisqu’il ne me connaissaient pas.
Car aucun ne me connaissait.
Vous savez, j’étais un peu comme un domaine privé
sur lequel une grande pancarte
indiquait au curieux visiteurs qu’il était défendu d’entrer !

 UN JOUR, un visiteur plus curieux que les autres et moins lâche
 est entré en poussant la porte.
Et puis il l’a refermée derrière lui.
Ou plutôt c’est la propriétaire de ce domaine qui l’a fermée
pour qui n’en sorte plus… jamais.
Comment la propriétaire l’a-t-elle laissé entrer
alors qu’elle barrait énergiquement l’entrée aux autres passants ?
C’est un mystère, mais je pense qu’il n’était pas comme les autres !

 …Il ne faut pas croire que j’ai désiré être la seule à vous aimer…
Seulement je ne pouvais pas imaginer
que Vous aussi vous m’aimeriez un jour.
Parce qu’il me semblait que ce fut une chose trop merveilleuse,
 impossible, que je ne valais pas cela…

Francis, excusez cet aveu naïf,
je serais trop heureuse que vous m’aimiez aussi.
Et je suis une petite fille, toute petite.., très faible
et je ne me demande que des bras pour me protéger
et un peu d’amour.
C’est formidable d’aimer,
ce n’est pas désagréable d’être aimé… N’est-ce pas ?

Je vous demande pardon, Francis,
d’avoir hésité à vous croire.
C’était de la lâcheté de ma part,
uniquement de la peur de la souffrance
qui m’attendait le jour où vous me diriez
que vous vous étiez trompé sur vos sentiments.
Mais vous avez été si gentil (les mots sont bêtes !)…
si gentil avec moi, cet après-midi que je vous crois,
et que je vais vous obéir.
C’est-à-dire aller au dodo
comme une petite fille bien sage
et faire semblant de dormir en pensant à vous,
un peu, beaucoup et plus, toujours perpétuellement,
avec tendresse, amour, force, profondeur infiniment……

(Lettre de Marie-Magdeleine Delabre à son fiancé, à Paris)

 

2+

Née le 28octobre 1922, Marie-Magdeleine Delabre fille De Maurice Delabre (Cour des Comptes) et de Marie Aline Cousin, vécut au 14rue de beaune à Paris07.
1ère aux Beaux Arts, non notée, en dessin. Elle entra dans la résistance dès le début en compagnie de son frère Jean-Marie Delabre (arrêté le 20/07/44, puis déporté). Elle fut courrier à Défense de la France, où elle y croisa son futur époux Francis, lui-même chef de liaison médicale France-Nord. Benjamine (pseudo) fut arrêtée le 04/08/44 à Paris, puis déportée à Ravensbruck, et Koenigsberg sur Oder, par le dernier train parti de Paris, avant la libération de Paris. Libérée en Mars45 par Joukov. Elle revint en France en torpilleur anglais, de Odessa à Marseille.... Elle eut treize enfants.
Décorée de la Légion d'Honneur et Médaille de la Résistance
cette correspondance fut établie de 1943 à 1966, avec son amour....

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Delloly
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longue lettre sur la déraison
longue lettre à lire et relire….. je pense

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