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Mar 18 2020

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Julot 1… – Philippe X

JULOT

     Ces situations je les ai vécues et parfois subies, mais avec le recul, je savoure pleinement la rare­té de ces instants où se mêlaient la cocasserie, la « comedia dell’art » et la dure réalité d’un monde méconnu.

     Les personnes dites normales, ont en général des vies correspondant à leurs personnalités.

     Les aventures qui colorent leur quotidien se résument à leur union avec une autre personne dite « normale », à devenir adeptes de la « Française des jeux » à « vivre » par procuration, en « fantasmant » au travers des exploits des autres, et même d’aller chercher la baguette chez « Dédé la boulange ».

     J’ai connu ces vies insipides, mais très vite, j’ai mis le cap sur l’option « pas cap…. »

     Pourquoi ? Peut être que, comme Jacques BREL,  je voulais devenir notaire parce que papa ne l’était pas….vous l’aviez compris c’est une image.

     Puisque j’ai votre bénédiction, je continuerai donc à me remémorer des situations extraordinaires, vécues par des gens ordinaires…. Et puis, en cette période de confinement, « faut bien passer son temps comme on peut ! »

     Ce qui m’a le plus enchanté, ce sont les rencontres avec les acteurs de ces instants magiques.
Une galerie de portraits me revient en mémoire.

     Ces gens, qui, durant quelque temps, ont été les vedettes de ces courtes scènettes, que sont-ils devenus ?

     Il est dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions ….certes,  mais aussi, l’enfer c’est les autres ! 
 


     Certains auraient pu obtenir le César du meilleur filou, ou à défaut, un oscar pour leur rôle dans «le passage de l’exa­men du permis de conduire», cette femme serait la lauréate du prix de la plus mauvaise assurée de la caisse d’allocations familiales, celui-là aurait obtenu le prix de la création, pour sa composition lors d’un contrôle de po­lice…. Que des gens comme vous et moi.

     lls se sont empêtrés dans la grande aventure de la vie de tous les jours, sauf qu’ils n’avaient pas de promp­teurs pour pouvoir s’exprimer dans la langue de Molière, pas de maquillage pour masquer ces gueules « d’In­diens-Roumain » ni de Donald Cardwell pour habiller ces va-nu-pieds. (Référence au théâtre ce soir… Pour les plus anciens).

    Julot faisait partie de ces acteurs involontaires, le casting du diable était tombé sur sa pauvre personne ce jour de juillet, trop chaud pour ce pauvre homme qui n’en demandait pas autant.

jJ’avais installé  un chantier de démolition automobile et recevais à lon­gueur de journée des vendeurs de n’importe quoi : ferraille, cuivre, divers métaux, vieux meubles et tout ce qui pouvait améliorer les fins de mois déjà difficiles.

     Le nez plongé dans le capot d’une bagnole qui acceptait de finir sa vie en petits morceaux, j’ai entendu cette petite phrase, annonciatrice d’emmerdements futurs : « je viens de la part de… ».

     Dans ce milieu, les amis de mes amis étaient forcément des auto-stoppeurs profiteurs, qui essayaient de te faire prendre, selon la formule consacrée, des vessies pour des lanternes… Et à chaque fois que je faisais pipi, je me brûlais les doigts.

     Me dégageant de mes occupations d’introspection mécaniques, je me trouvais face à face avec un grand es­cogriffe, sorte de sloughi, de milord l’andouille.
Grand, maigre, mal rasé, le nez aquilin, il portait tous les stigmates d’une vie de margoulin à la petite se­maine ; cette grande andouille sentait l’embrouille.
Dans le milieu on appelle ça ” « un cave, un micheton. »

     Mon premier réflexe, salutaire, aurait été de décla­rer avec l’aplomb d’un chat qui a bouffé une souris et dont la queux dépasserait de la bouche : « moi ? connais pas».
Il faisait très chaud, la sueur coulait de ses tempes, il se dandinait sur place.. Envie de pisser ?. Où sensa­tion d’avoir rater son entrée devant le jury de The Voice ?
.” Les cons ça osent tout, et c’est à ça qu’on les reconnaît. ”…Si j’osais je deviendrais un peu lour­dingue..

     Mais si tu sais,  c’est le gars qui…. 

     « Non, j ‘te dis que je ne connais pas. »

«

    ” Pas grave, j’ai de la marchandise à vendre, je peux te la montrer ? “

     Je me suis entendu dire : non pas la peine, j’achèterais un âne dans un sac.


     Bon, je reconnais que parfois, je suis un peu léger dans ma communication, mais l’entourage, qui me donnait à réflexion, s’apparentait plus tôt aux blagues de l’almanach Vermot, qu’au précis grammatical de monsieur BLED.



   Il ne me regardait pas dans les yeux, je n’aime pas ça.. Mais bon je n’ai pas l’air non plus d’un Saint ; sur mon visage, mes rides dessinaient une carte d’identité façon relevé anthropométrique. Un Canonge en quelques sortes.. Pour les anciens qui ont fréquenté les salles de Police.
« … Ouais, t’as qu’à me faire voir… Un des ces jours… » Hop, renvoi dans les 22 mètres, et botté en touche…
…Faux rebond.. « j’ ai la marchandise dans mon camion.»…


     Sans attendre ma réponse, Julot a grimpé dans son fourgon et revoilà mon bon prince.
Les coups d’œil qu’il donnait sans cesse dans tous les horizons, confirmaient bien son inquiétude.
Dans le véhicule, une dizaine de sacs de cuivre attendaient bien sagement, d’être délivrés de cette impasse.
J’avais l’habitude de négocier ce genre de matériaux, mais la grande bringue coupa court à mon savoir-faire. «Écoute, il n’y a pas loin de 3OO kilos de cuivre, je suis pressé, j’ai même oublié mon permis de conduire, je te laisse le tout pour la moitié de sa valeur ».

     
Vite fait bien fait, l’argent dans la poche, mon vendeur est reparti en s’imaginant qu’il venait de ferrer un beau poisson-couillon.
Une semaine plus tard, la même grande bringue me fit le même cadeau de bienvenue au pays des «  les baisés comptez-vous. »

      Une fois encore, je sentis venir l’arnaque, mais ces deux contributions à m’enrichir avaient rejoint un dépôt que je possédais dans un lieu secret et discret, car les vols de métaux étaient fréquents. Je ne vendais mes métaux non-ferreux que 2 fois par an.

     Quelque temps plus tard, alors que nous étions en train de mettre à mal quelques poulets grillés au feu de bois en compagnie de clients habitués, le JULOT débarqua sans crier gare.

     Pour mes convives,  c’était une «mal politesse» que seul un paysan était capable de commettre,  un peu comme une insulte irréparable ou un crime de «lèse manouche. ».

     Le sourire franc d’un âne qui recule, trop «mmmm…. ma biche», il nous offrit un coup de vaseline pour que ça rentre mieux.
J’ai senti l’impair non ce n’est pas un doigt ) qui se pointait à l’horizon, comprenant et parlant de façon courante la langue romani, j’ai coupé court à l’invasion de ce fauteur de troubles.
« Dis l’ami, je suis en famille, reviens demain matin, je vais voir ce que je peux faire. »

     Il n’a pas insisté, je constatais après son départ que certains de mes invités le connaissaient de façon défavo­rable, des mains s’étaient même crispées sur les manches des serpettes qui servaient à mes invités pour dé­couper toutes sortes de choses, même le corps humain.

     La sentence tomba de suite « mon phral ( mon frère ) cet homme, il n’est pas comme nous.. c’est une porte-poisse.. Il a le mauvais œil.».

     Le lendemain matin vers sept heures, son fourgon brinquebalait sur le chemin d’accès à mon terrain, suivi par une petite voiture de couleur rouille.
« Tiens, c’est ton jour de chance, j’ai un lot de cartons à te vendre y en a pour..X. Francs, je te le laisse à moitié prix… ce sont des cigarettes qui viennent direct d’Espagne ».

    Un énorme gyrophare rouge, illuminé par des dizaines de feux clignotants rouges, s’allumèrent de suite… Pin-pon … Pin-pon… Fais gaffe, il te prend pour un con.

     « Merci , romanimais je ne fume pas… J’en veux pas»

     Mais il insistait le goujat «j’ai que 10 cartons.. C’est du bon tabac… Tu n’en voudrais pas ».

     Dehors, les romanos où je lâche les chiens…Vite, urgence à tous les étages.. Sortez d’ici « mal au trou » que vous êtes !
Le ton monta très vite ,et mon épouse en sortant de la caravane ,tenait un flingue à la main… Elle sentait ce genre de tracas et n’hésitait pas à donner son grain de sel ou de plomb… C’était selon, elle était de la race.

     Pour faire plus court, je vous dirai que le fâcheux est reparti rapidement, accompagné de son chauffeur complice.

     Dans la fin de la matinée, alors que j’étais allongé sous une voiture, mon attention fut détournée par la pré­sence de deux paires de souliers type rangers mais cirés proprement, qui dépassaient de deux pantalons à bandes       bleu- marine.
Ces souliers me dirent : « Gendarmerie nationale, brigade de recherche. Nous voudrions voir vos pièces d’identité. »
Des chaussures qui parlent… Miracle… Non…emmerdements en vue.

     La maréchaussée qui se tenait devant moi, avait délégué deux de ses meilleurs représentants, les autres, une dizaine au total, moins beaux, encerclaient mon domicile et contrôlaient 3 clients qui faisaient leurs af­faires avec mon épouse

     « Vous n’auriez pas eu la visite d’un individu qui vous a proposé des cartons de cigarettes provenant d’un   vol ?»
Mes battements de paupières ,façon Betty Boop ,ont convaincu les forces de l’ordre qui ,après avoir mis le bordel sur mon chantier et dans mes registres de Police, repartirent, convaincues que j’étais un gros men­teur… On ne se refait pas Monsieur l’Agent.

     Quarante-huit heures plus tard, le nom de Julot s’étendait dans la rubrique des chiens écrasés.
Il avait cambriolé un dépôt de la compagnie des tabacs, et s’était fait prendre chez un receleur alors qu’il re­vendait son lot.

    Le receleur, c’était le même qui, assis à ma table m’avait dit «mon frère, méfie-toi de ce gars, il a le mauvais œil».

    “Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge !”

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     ©Philippe X – 18/03/2020

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OberLenon
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OberLenon

Voilà de quoi inspirer un metteur en scène …Toujours aussi étonnant et haut en couleur. Amitiés

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Simone Gibert
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Simone Gibert

Votre histoire, Oh combien vivante et bien contée, nous entraîne loin de ce confinement ! Merci !

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