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Nov 27 2018

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Errances Serge Campagna

J’étais en mer

Depuis des jours

Seul

perdu sur la verte indolence des vagues

je cherchais en vain le regard de la sirène

Celle qui avait envoûté mes nuits

Celle qui avait éclairé l’aurore

Dans la lente ondulation des vagues

L’harmonie de ses vocalises tapissait encore le pavillon d’une douce constellation de voyelles

Etranges

Capitonnées

 

Vers midi je maudissais la lumière

Menteuse vers le zénith

Oblique

happée par l’absurde surdité du devoir

elle nichait le mirage dans le fond de mon œil

Celui qui observait

Celui qui hésitait

Dans l’immense quiétude des vagues

L’éclat des flèches estivales se réfléchissait encore dans le miroir concave de la quête

Eternelle

Inassouvie

 

L’horizon m’offrit alors une présence

Indistincte dans le prisme du cœur

Indistincte

offerte puis ravie à la fixité du regard

elle chevauchait le possible aux soudains soubresauts intérieurs

Puis elle apparaissait

Puis elle disparaissait

Dans la lente métamorphose cérébrale

L’éventualité de l’existence retournait à mon ventre la terrible incertitude de la naissance

Allègre

Apeurée

 

Je mis sans attendre le cap à l’horizon

Sextant sur l’œil trouble au visage

L’étrave

de bois et de métal sur l’ouate de l’instant

chassait les certitudes par-delà tous les bords

Elle pourfendait

Elle psalmodiait

Dans la verte louange de l’espoir qui renaît

Le seuil de la rencontre espérait des aussières au langage incertain d’un sémaphore perdu

Absent

Décapité

 

Par devant l’horizon s’inventait l’horizon

Plus loin que l’univers aux frontières diffuses

Insaisissable

De forme et de néant sur la pierre du rêve

Il noyait le palpable dans les yeux de l’aveugle

Celui qui croyait voir

Ou qui croyait tenir

Dans la sombre spirale du vide

Plus-Rien agitait son squelette au suaire blafard des chemins qui serpentent

Tracés

Incontournables

 

Ainsi sans cesse avance l’avenir

De signes indéchiffrables aux brumes du lointain

Et l’homme

de songe et de raison sur l’immense tourment

plante son possible aux pointes de l’impénétrable

Celui qu’il veut savoir

Celui qui le transporte

Dans la feinte maîtrise des lendemains obscurs

L’angoisse se livre alors à l’éternel se livre alors à l’univers pour lui taire le chant qui se tisse à ses lèvres

Maudite

Inexplicable

 

©Serge Campagna

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Je suis arrivé en 1955 en Dauphiné et l'ennui de l'enfance m'a vite poussé vers les mots et leurs majestueuses farandoles.
J'eus très tôt la chance et le bonheur de croiser la route de maîtres qui me firent voyager sur les phrases de Musset, d'Apollinaire, de Baudelaire, de Cendrars...
Ma propension au sourire m'ouvrit plus tard les grâces de Bobby Lapointe, de Cavanna, de Desproges...
Puis, il y eut Guillevic, Max Jacob et l'immense Francis Ponge... En parallèle, s'immiscèrent Giono, Ramuz, Gougaud...
Depuis, mes textes recherchent le flot serein du voyage, les cataractes de la révolte ou les rives ombragées de l'harmonie.

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Christian Satgé
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Voilà de métaphoriques aventures marines entre enchantement et désenchantement des mieux contées. Bravo et merci pour ce partage, Serge.