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Mai 16 2018

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Des lettres au parfum de violette – Marie Combernoux

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« à mon grand-père  Gabriel»

Des lettres au parfum de violette

Nous avons vécu douze ans ensemble, mais il fallait que je te quitte car dans le village où nous vivions, il n’y avait pas de collège , juste la sixième les Chers Frères. Et je devais rentrer en cinquième et vivre loin de toi, à Toulouse, chez ma mère. Cet été là fut le dernier que je passais avec toi, à la campagne ou tu m’amenais, où je te suivais pas à pas.

Tu étais mon modèle, mon Ange, mon refuge, je ne te perdais jamais de vue. Tu ne parlais pas beaucoup, mais tu parlais juste, tu connaissais parfaitement la nature, le moment où il faut planter le persil, les oignons, les radis ou autre légumes, et tu savais quand ce serait la « lune vieille » ou la « lune nouvelle ».

Tu disais « ah ! Demain c’est «la lune vieille » il faut planter les pommes de terre ».

Tu connaissais tous les secrets de la terre, tu l’as retournée tant de fois cette terre fertile qui nous donnait ses richesses. Tu bêchais, tu plantais, tu « clairsemais » , tu récoltais tous ces beaux fruits de la Nature. Pour le choix des tomates, tu prenais « la marmande » car tu disais que c’était de loin la meilleure, pour les pommes de terre c’était « la bintje ». L’été, il y avait une foison de légumes, l’hiver ce n’étaient pas les mêmes, mais nous avions toujours de quoi faire la soupe.

L’été, après le repas du soir, tu sortais au jardin, tu t’asseyais sur le banc en bois et tu te roulais ton tabac, du « Bergerac » je me souviens encore du paquet : orange avec une image blanchâtre dessus. Des fois, tu te mettais à chanter de vieilles chansons ,et je buvais tes paroles. Il y en avait une qui disait :

« mignonne, quand le soir descendra sur la terre,

et que le rossignol viendra chanter encor’,

quand le vent soufflera sur la verte bruyère,

nous irons écouter la chanson des blés d’or…. » C’était de loin ma préférée.

Parfois aussi, nous faisions le tour du jardin la nuit tombée et il n’était pas rare de voir quelques vers luisants briller dans le noir. La nature s’était endormie, les poules s’étaient perchées sitôt le soleil disparu, le silence régnait. Alors, nous rentrions nous coucher.

Le lendemain, nous vivions la même magie, mais le temps approchait où je devais partir. Je n’en parlais pas mais j’avais le coeur serré et toi aussi, je le comprenais.

Vint le moment fatidique : je ne me rappelle pas si ce fut une séparation brutale ou progressive, heureusement que la mémoire est sélective, et refoule certaines situations dont on ne veut plus se souvenir. Enfin, à la rentrée scolaire de septembre, je me retrouvais loin de toi.

Au début de ma nouvelle vie, je prenais le train tous les vendredis soir après l’école, le « Toulouse-Cahors » avec escale à Caussade, et tu venais me chercher avec ta 4L, parfois tu m’attendais dans le hall de la gare, et pendant les deux jours suivants, j’allais revivre, simplement revivre !

Le dimanche soir, il fallait repartir dans l’autre sens !

C’est à cette époque que tu m’as écrit les plus belles lettres que j’ai reçues dans ma vie. Tu écrivais bien, avec les pleins et les déliés, comme on t’avait appris à l’école, et tu ne faisais pas de fautes. Tu avais été jusqu’au certificat d’études. En ce temps-là, c’était un exploit, car tu devais aller à l’école par n’importe quel temps, à pied, en sabots : « les esclops » on les appelait en patois. Entre gosses de votre âge, vous parliez en patois, mais gare à vous si le maître vous entendait : c’était interdit, il fallait parler français, sinon c’était la punition !

A la maison, vous parliez le patois entre anciens, c’est comme ça que j’ai appris le patois « occitan » car dès ma naissance, je vous entendais parler en patois avec ma grand-mère. Et j’étais familiarisée très tôt avec cette langue, que je comprenais parfaitement mais que je ne parlais pas. Quand vous vouliez me cacher une histoire d’adulte, vous adoptiez le patois, pensant que je ne comprendrais pas, mais tiens  !…

Mais revenons à ces lettres magnifiques que tu m’as écrites : j’arrivais un soir chez ma mère et là elle me tendit une lettre en disant : « tiens, tu as reçu une lettre de Caussade «  Fébrilement, je l’ouvris- ma mère s’était retirée pour me laisser savourer ce moment- Ce qui je vis en premier me donna les larmes aux yeux : des violettes séchées, qui tombaient de l’enveloppe…

Des violettes de Caussade, de mon jardin, que mon grand-père avait eu la délicatesse de joindre à sa missive.

Elle commençait ainsi : « Ma chère fille « j’espère que tu vas bien » et il me racontait la vie là-bas, me donnait des nouvelles de tout le monde, il me racontait ensuite ce qu’il avait planté au jardin, ce qui poussait, ce qui ne voulait pas pousser à cause du temps, à quel moment la « lune vieille» ou la « lune nouvelle » lui permettrait de tailler la vigne, pour avoir une bonne récolte de raisin qui lui donnerait son vin pour l’année.

Puis, il me parlait de ma grand-mère Alice, de ses rhumatismes qui la faisaient souffrir, toujours à cause de ce temps dont on parlait beaucoup, et qui remplissait un bon paragraphe de la lettre.

Il terminait en disant « je t’embrasse, ma chère fille » signé : Pépé

Des lettres à la violette, j’en ai reçu beaucoup, pleines d’un amour paternel et bienveillant. Je les ai conservées pendant de longues années dans le placard de ma chambre, jusqu’au jour où un incendie ravagea la maison et mes lettres si précieuses.

Je pleurais de chagrin, d’autant plus que mon grand-père Gabriel était parti vers les étoiles, celles qu’il regardait souvent la nuit en me disant : tu vois « celle-là c’est l’étoile du Berger , la première qu’on voit briller » et là , tu as la « Grande Ourse» et la « Petite Ourse ».

Dans quelle étoile es tu maintenant ? Quand je lève les yeux les nuits d’été, il me semble qu’il y a en une qui brille plus que les autres….

7+

je ne suis plus une jeunette, je suis née le 3 Avril 195....et quelque, j'ai été élevé jusqu'à mes 12 ans à Caussade (82) par mes grands parents , qui étaient agriculteurs et négociants en fourrage, j'ai été élevé entouré de nature, d'animaux de basse-cour, d'un jardin, et j'ai aussi appris l'occitan car entre eux mes grands parents le parlaient. Après 12 ans de bonheur , je suis allée vivre àToulouse, avec ma mère et son mari. A partir de là, ce fut une autre histoire.... je viens d'écrire un libre de nouvelles, réelles et fictives, et de poésies, j'attend sa sortie. Voilà un peu de moi, mais vous ne savez qu'une partie de ma vie riche et cahotique à la fois Bien cordialement.

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Alan Méryl
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Alan Méryl

Ce texte m’a ému, des étoiles tombent des pétales de violettes. -AM-

Philippe X
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Poignant et criant de vérités…..je vous envie ce lien à une terre que je n’ai pas eu…ni à un personnage que je n’ai pas connu….je suis un déraciné sans terre….merci pour m’avoir serré la gorge…dehors une étoile brille et chez vous un coeur illumine votre vie.

Christian Satgé
Membre

MA-GNI-FI-QUE. Un texte fort et tendre à la fois de plus réussis.
Merci Marie pour ce parfum d’enfance – et celui de la violette a baigné la mienne – et ce pépé qui me rappelle mon bon-papa qui adorait lui aussi se rouler son Bergerac, trois fois par jour et pas plus !
Amicalement
Christian

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