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Fév 01 2017

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Dédoublement – Houda Boulakrach

[« – Mais, qu’est-ce que j’attends ? Qu’est-ce-que je cherche ? » Me demanda-t-il. Alors je lui ai dit qu’il tenait toutes les réponses, et que c’est à lui de savoir et de faire, car il devait agir et sortir de ce labyrinthe et de ce désarroi. Il me contempla un moment croyant que je me moquais de lui et que je cherchais simplement à le déstabiliser plus encore qu’il ne l’était.] En réalité, Je n’étais que plus perdue que lui, et je cherchais moi encore à me trouver ma boite magique et à m’y enfermer, la seule différence c’est que je savais qui j’étais, ce que j’avais, et ce que je voulais : j’étais un être avec des concupiscences, , avec des défauts, des faiblesses et des bassesses ,un être qui avait une conscience plus tranchante qu’une hache de bourreau, ce qui n’empêchait pas une succession de folies et des émois inutiles. Je suis humaine et j’acceptais ma nature, non sans trouble ni douleur mais avec compréhension et patience. Lui était autre chose, un subconscient idéaliste et spirituel, il était la rage et la colère, le pèlerin en quête du stable et du beau, tellement en mouvement et en recherche de la perfection et du néant sublime, il aimait Dieu d’un amour si profond et vrai qu’il osait se prétendre saint et derviche, en même temps il vouait un culte au pourquoi et au comment ? Pour moi il était la plus grande question et le plus irrésistible mystère, je le voyais Merlin et je voulais être Viviane, sa Viviane. Cette Viviane-là ne l’enfermerai pas dans une tombe et le laisserai mourir mais il le libérera de ses propres sortilèges et de ses malédictions. Les allusions et les rêves sont plus dangereux et plus venimeux que la réalité, avec la réalité, on est tranquille et confiant même dans les plus noires circonstances, dans le monde fictif, nous sommes tout le temps suspendus entre ce que nous croyons détenir et ce nous croyons vouloir posséder. Je désirais savoir tout mais il y avait des limites pour moi, des obstacles qui me barrait la route. Mon caractère ne me facilitait pas la tâche, j’étais une de ses personnalités caméléon, capable de changer de mue, de m’abrutir ou de m’exceller, une paresseuse en quelques sortes, croyant avec foi à toutes les prétentions, et à tous les mensonges. J’avais une excentricité effroyable, une âme naïve et des volcans intérieurs burlesques et destructeurs. Je n’étais pas adepte du mal, il me répugnait mais je me laissais succomber à des tentations, je goutais à des petites lacunes, et parfois sans faire attention je me reprenais au milieu d’une phrase empoisonnée, d’une médisance fugace ou d’une idée suffocante. Le mal pour moi était possible mais pas tolérables et les petites bêtises payables et sans importance pour les autres me plongeaient dans une transe déchirante et insupportable. Et dans ces moments de détresse, il venait tourmenter mon âme avec sa bêche de jardinier, me compliquer l’existence avec son idéalisme et ses chimères : « la vérité dit-on est un mirage ayant une touche d’authenticité. N’est-elle pas vrai que nous vivons pour une cause ? Que nous avons toujours besoin d’identification et d’appartenance ? Comment était-il possible d’exister sans être créé ? Tous est créable, rien ne se crée lui-même ? Pourquoi n’être pas plus fort ? Pourquoi se laisser faire ? Pourquoi ? » Mille pourquoi, mille questions, et comme le déluge il m’emportait avec lui ; me séduisant et m’emprisonnant entre ses bras, entre ses mots, entre ses vérités et ses illusions. Il n y a pas plus terrible que de se croire supérieur aux autres et de se réveiller un jour, ouvrant les yeux sur son incapacité et sa médiocrité. Lui, il était vraiment supérieur et beau, tellement beau et magique, mais n’est-il pas vrai que nous prenions la fuite face aux choses incompréhensibles et supérieures ? Que les génies nous fassent souffrir et nous infériorisent devant soi et les autres ? Que pour vivre il faut fréquenter les plus pauvres esprits pour être tranquille et calme ? Oh ! que je l’aimais mon dieu, que je l’adorais avec ses doutes et ses idéaux, avec ses mots et ses convictions. J’adorais une idée brulante de vie et de révoltes mais l’amour lui-même n’est qu’un idéal, une image poétisée à qui les grands poètes et écrivains ont donné vie dans leur fiction et leur imaginaire. Mais je l’adorais, j’en étais sûre et certaine, et il le savait, je le lui ai murmuré un jour, mon amour, en lui dépeignant ma flamme et ma passion, c’était très violent l’amour chez moi et d’une autre nature que celui des écrivains et poètes ; il s’agissait d’une question et d’un besoin spirituel, d’une connaissance puisant le plaisir, une idée dont laquelle je peux me nourrir continuellement ; dont laquelle je peux maintenir et garder mon essence. Lui comprenait la nature de mes sentiments, m’enivrant de réponses, de lumières profondes, de savoir constant et mûr, dès que j’en voulais à l’existence, il me l’étalait princière et consciente. Il était question d’arriver à saisir la moelle, le cœur des choses et non pas les turpitudes apparences, la valeur précieuse de la source, cette richesse illimitée et sans bornes. Je buvais directement de la fontaine, m’imprégnant de la beauté de la création divine , me livrant avec ivresse au va- et -vient de ma destinée , à la balance sagittaire et droite de mon temps , ma vie était telle qu’elle était, mon corps ,mon âme et ma raison étaient des mondes parallèles mais différents s’unissant à travers une fusion accomplie non dénuée de complexités ni d’imperfections, j’étais conscientes des nettes différences et similitudes de mon existence ou plutôt de mon « moi ». Et je m’acceptais et m’aimait, me résignant à avancer et à m’y trouver une voie et une maison. Peut-être, c’était ce qui nous a amenés à nous rencontrer tous les deux, lui, le fou, le sage et le savant , moi ,l’ignorante , l’incantatrice , et la croyante. Deux êtres dissemblables se méprennent l’un de l’autre. Lui et moi cloisonnés dans la même sphère existentielle, tournant en rond pour se rencontrer dans une question, face à une vérité, se cognant à une illusion. La vie , c’est la vie , mystérieuse et séductrice , elle danse dans mon cœur me trainant dans son ascension et dans sa chute, m’amenant jusqu’à lui … lui si insensé et aveugle pourtant présent et absent .Mais il faut dire que la race humaine est plus complexe et plus primitif que tout être, la colère peut venir à tout moment et faire écrouler des mondes bien stables et bien bâtis , ainsi il a changé , comme nous changeons tous face à une vérité , à une trouvaille , « mais qu’est-ce que je cherche ? Qu’est-ce que j’attends ? Était sa question la plus pertinente et la plus dangereuse, moi qui tentait en vain de l’apaiser essayant de le retrouver de nouveau, lui, le fou, le sage, le savant. Mais tout à commencer à s’écrouler, le géant s’est emprisonné dans son humanité et il faut croire que l’humain quand il s’écrase sous le point de sa faiblesse et de sa bestialité se résout à n’être qu’une enveloppe charnelle dévorée par le mépris pour lui-même et pour son espèce. Ainsi débuta mon conte par « il était une fois », et ainsi se termina mon voyage par une dislocation entre conscience et détermination car l’être change comme toute matière et toute vie, peut-être l’essence reste le même mais il se détériore et se noircie à mesure du temps. C’est un combat intérieur entre essence et matière et on pensera dans mon cas que j’ai perdu et que le cristal s’est métamorphosé en fer enfin du compte .Cependant est-ce vrai ?l’humain pourrai-t-il se contenter de ses instincts et se limiter à la matière et au concret ? On jettera un caillou dans la mare, et il coulera, seulement il produira des cercles qui se percuteront en créant de nouveaux cercles plus petites ou plus grandes, cela n’aura aucun impact sur la mare ? Ou l’affectera-t-elle ? Disons qu’on a jeté un gigantesque rocher, celui-ci coulera à son tour, et à l’inverse du premier, il produira une réaction aussi brute que violente. Et parfois il ne suffit qu’une goutte pour faire déborder le vase.

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