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Nov 18 2018

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Confluence Serge Campagna

Les astres avaient déposé nos avenirs sur les eaux.

Distinctes. Complémentaires.

Les tiennes sont rivière, torrent, cascade, volontiers volubiles, chantantes, tonitruantes.

Les miennes sont marécage, étang, lac, volontairement lascives, observatrices, taiseuses.

Toutes deux avaient transporté babils, mots et phrases durant de longues années de pérégrinations solitaires.

Jusqu’au jour de la confluence où elles s’inventèrent une union.

Il suffit d’un remous, d’une plongée hâtive.

Jusque là nos courants n’étaient pas étrangers. Ils s’étaient côtoyé, avaient voisiné, s’étaient effleurés.

Sans jamais oser plonger l’un dans l’autre.

Puis un soir, instant magique, il y eut le bleu de tes yeux plus clair qu’à l’habitude, plus limpide, nouveau.

Il y eut un éclair de malice en leur centre, une immense profondeur, comme une invitation au voyage.

Les eaux tourbeuses de mon marécage s’évadèrent subrepticement des roselières obscures où elles se terraient depuis longtemps.

Elles s’illuminèrent au contact lumineux du courant vif de l’aventure. Vigoureuses, elles s’amourachèrent de tes gréements énergiques qui filaient vers le sud.

Un vaste tourbillon saisit nos ondes au cœur, les mêla de nos incandescentes microparticules. Les déposa sur leurs micro-ondes !

Un immense chamboulement d’atomes tourneboula sans attendre les éléments les plus intimes de nos deux cours. Un gigantesque souffle d’embruns inconnus s’empara de notre symbiose.

Jusqu’à creuser notre lit.

La folle rencontre s’étira lentement entre ses rives. Ses espoirs d’ailleurs grossit si bien que nos eaux ne firent désormais qu’une.

Sereines.

Complices.

Le temps s’installa dans nos regards nouveaux, il glissa durant des années sur d’amples méandres patients.

En découvre chaque jour de nouveaux…

 

©Serge Campagna

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Je suis arrivé en 1955 en Dauphiné et l'ennui de l'enfance m'a vite poussé vers les mots et leurs majestueuses farandoles.
J'eus très tôt la chance et le bonheur de croiser la route de maîtres qui me firent voyager sur les phrases de Musset, d'Apollinaire, de Baudelaire, de Cendrars...
Ma propension au sourire m'ouvrit plus tard les grâces de Bobby Lapointe, de Cavanna, de Desproges...
Puis, il y eut Guillevic, Max Jacob et l'immense Francis Ponge... En parallèle, s'immiscèrent Giono, Ramuz, Gougaud...
Depuis, mes textes recherchent le flot serein du voyage, les cataractes de la révolte ou les rives ombragées de l'harmonie.

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Béatrice Montagnac
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Un texte que j’a pris plaisir à lire entre deux eaux au fil de la vie

Anne Cailloux
Membre

Balades en eaux troubles fort séduisante
avec une fin heureuse
Charmant.

Christian Satgé
Membre

Un mélange des eaux fort troublant et narré de l’amont à l’aval au fil d’une vie. Bravo et merci…

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