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Mai 03 2018

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Combien tu veux ?… – Philippe X

 

 

   Tout comme la bicyclette qui ne s’oublie pas…. les années passées dans la communauté des Gens du Voyage me collent aux basques.

   Les souvenirs remontent régulièrement à la surface lors des rencontres fortuites, j’ai beau tourner la tête du coté opposé, peine perdue… il y a toujours un coin qui me rappelle… (empruntée à Eddy Mitchell pour les puristes ).

   C’est ainsi que venu du fond des âges, un vieil homme Tzigane a croisé la semaine passé mon chemin….Hasard…clin d’œil du destin…

   Il était de tradition d’assister au pèlerinage des Saintes -Maries-de-la-Mer (13), qui se déroule durant le mois de Mai.

   Le grand-oncle de mon épouse était le personnage principal de cette manifestation.

   Considéré par tous comme étant le roi des Gitans, il jouissait d’un certain prestige auprès des autorités religieuses, préfectorales et médicales. En effet guérisseur de renom, il était sollicité à longueur d’année pour soulager les maux divers et variés.

   Sa fréquentation a été pour moi une formidable source d’enseignement.


  Lors d’un pèlerinage il nous a été proposé de vendre et d’acheter notre fille Sarah, âgée alors de trois ans.

   Notre enfant portait pour l’occasion une robe rouge à volants qu’elle savait faire virevolter avec toute la grâce d’une enfant de cet âge, sachant que tout le monde la regardait. La coquine savait y faire et, moyennant une pièce de monnaie, effectuait une danse improvisée aux terrasses des cafés. De nombreuses photos ont été prises et des cartes postales tirées l’année suivante.


Un matin, en compagnie de mon beau-père et d’un des grands-oncles de mon épouse, nous nous rendions dans l’arrière bar d’un des plus célèbres restaurant de la place pour assister à un rituel typique provoqué par ces rencontres. Il s’agit de l’échange de toute une année de rapine contre du cash. Mais je vais avoir l’occasion de revenir sur cet épisode symptomatique des échanges entre gens du voyage. 

    

   Sur le trottoir nous avons croisé une troupe d’une dizaine de femmes des pays de l’est, tziganes hongroises reconnaissables à leur tenue bariolée. Elles tenaient le haut du pavé, parlant fort, molestant gentiment les gadgés qui refusaient de se laisser tirer les lignes de la main. Ce sport national représente une des principales ressources financières. Quand elles sont à pied d’œuvre, le mari surveille du coin de l’œil « son ouvrière » en plein travail alors qu’il est installé confortablement dans un bar. 

   Dame… on ne peut pas être au four et au moulin !

   De temps en temps, il reçoit des mains de sa gagneuse l’ar­gent ainsi collecté. Suivant l’âge, il peut s’agir du grand frère, du père et pourquoi pas d’un souteneur. 

   Per­sonnellement, j’ai connu cette situation. Je puis vous préciser que si «la machine à lovés» ne ramène pas assez ou si elle est surprise à dissimuler sa comptée, des coups pleuvent s’abattant sur la pauvre fille.

Dur est le rôle de la femme.

   

   Cette année lors de notre présence à ce pèlerinage, j’ai fourni les médailles  porte-bonheur (fabriquées à AMBERT 63) . En effet au cours de l’hiver précédent, j’avais fait la connaissance d’un voyageur qui se rendait dans la ville du Puy-en-Velay pour y négocier l’achat de grosses quantités de napperons en dentelles. Le deal portait sur deux à trois mille pièces servant à alimenter le marché et les circuits de vente à domicile.

 

 

  Au cours de la visite de la ville, il m’indiqua un petit atelier qui frappait des médailles et notamment celle de la Vierge. A mon retour il me fut facile de passer commande de 5 kilos de ces fameuses médailles miracu­leuses que je revendais aux femmes. Les livraisons étant effectuées en Poste Restante.

   

  Je n’étais pas un inconnu pour les diseuses debonne aventure ” qui me portaient un certain respect compte tenu de mes attaches familiales.


 

  La plus âgée s’approcha de mon épouse qui reçut beaucoup de compliments sur notre fille Sarah.
   

  La proposition d’acheter cette enfant nous amusa dans un premier temps. 

  Devant le peu d’intérêt que susci­tait sa proposition, la femme argumenta et levant ses jupons (au nombre de sept)  elle dénoua une ceinture de cuir renfermant bon nombre de pièces d’or et d’argent.

  Plusieurs de ces pièces furent mises de force dans la main de Cathy. 

  Les autres femmes formèrent un cercle autour de nous visant à nous séparer les uns des autres.

  Par le fait, je me trouvais éloigné de ma femme, n’entendant et ne voyant plus le stade de la transaction, je n’avais plus le contrôle de la situation.

   Le grand-oncle de Cathy intervint durement pour rendre les «galbies» à la phurie dai»( les pièces d’or à la Vieille mère) et disperser l’attroupement.

   En définitive, le marché portait sur la promesse de vente de l’enfant à un jeune garçon de la communauté.

   Réguliè­rement une visite serait effectuée pour contrôler si l’enfant était toujours vivante et disponible, puis avec l’âge, si la jeune fille était toujours vierge.

   Arrivée à l’âge de la puberté, un mariage aurait été autorisé avec le paiement du solde du prix d’achat.

  Cet épisode nous a refroidis et nous sommes restés sur nos gardes,  car les enlèvements étaient monnaie courante.


C’est une tradition encore présente de nos jours que d’enlever sa promise.


   

  Le grand-père de ma femme avait fait le déplacement de Tarbes jusqu’en Bavière pour enlever sa femme. 

  Ce «hold-up marital »s’est effectué en caravane tirée par des chevaux. 

   Combien de temps a duré le trajet ?

   Pour ma part, j’ai enlevé ma femme sous le nez de son père car il refusait notre union. 

  J’ai rencontré Cathy âgée de dix-huit ans. Je n’étais pas Gitan.

   Notre fils a procédé de la même façon, en enlevant sa jeune promise âgée de seize ans.

   Pierre avait dix-neuf ans, perpétuant ainsi cette tradition. Quatre enfants sont nés de leur mariage.

*  

   ©Philippe X – 03/05/2018

   (SVP…pas de parutions sur les réseaux sociaux….MERCI )

 

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'' nul n'est prophète en son pays''...c'est pour cette raison que je voyage.
''Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit.''...vous êtes mes invités, au banquet de la littérature....

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Fattoum Abidi

Ah! Quelle tradition les femmes sont souvent victimes de ces rituels, très bel écrit bravo Philippe
Amitiés
Fattoum.

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