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Jan 13 2018

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C’est à scolopendre ou à laisser – Christian Satgé

Petite fable affable

Hélas, quand on est un vulgaire petit mille-pattes
La vie, chaque jour qui passe, vous pose problèmes :
Grand Dieu, dans l’aube blafarde ou l’aurore blême,
On ne sait jamais, et cela parfois vous épate,
De quel pied se lever. C’est là cruel dilemme !
Et si, d’aventure, on opte, un temps malengroin,
Pour le pied gauche, lequel donc choisir, eh, Dame ?
Pire : pour botter l’arrière-train d’un sagouin
Idem… car si lui, il n’a qu’un seul cul et, goddame,
Vous avez mille choix pour le faire taire… au moins !

La pauvre iule se voulant à pied d’œuvre,
Au pied levé ne sait jamais lequel mettre en
Avant… et qui suivra car les rétifs, les couleuvres,
Ne lui manquent pas dans la foulée. C’est très frustrant !
Et là je ne vous raconte pas pour les manœuvres…

Bon, certes, j’avoue que vouloir casser les pieds
À un myriapode est un vrai travail d’Hercule.
Mais sur quel pied danser au bal des pompiers
Quand, toujours, se vêtir de pieds en cap accule
À des réflexions dignes d’un grand chapier ?

Aussi, Pat’, est le plus triste de nos mille-pattes
N’ayant jamais pris son pied, en rien, de peur
De faire des jaloux chez les pairs, pas bonnes pâtes,
De l’heureux élu et s’il se savait, ce bon grimpeur,
Le pied marin, il ignorait à quelle patte !
Si, pour avancer, il suffit de mettre un pied
Devant l’autre, Pat’ ne bougeait pas – cherchant qui faire
Passer premier, second,… – au sein des pourpiers.
À le voir s’interroger, les méchants qui s’affairent,
Lui disaient, mesquin, que ça lui faisait les pieds !

Ces moqueries, car le pattu n’a qu’une cervelle,
Le laissaient plus qu’interdit : il en avait déjà trop
Des pieds, des pattes… Ah, la mauvaise nouvelle !
Lui qui redoutait de se mettre, à l’unisson, au trot
Ou vite sur pieds parmi cèpes et helvelles,
Craignant de mettre un pied où il n’aurait fallu,
Allant nu-pied car se chausser prendrait des plombes,
Aurait-il trouvé chaussure à son pied ?… Salut,
À tous ses pieds !… Pour un un pied-à-terre en combe
Ou fossé où loger les autres ? Dans quel talus ? ?

Et donc Pat’ était toujours à se morfondre
Quand un cloporte, un jour, lui dit qu’à se tourmenter
Ainsi, ce serait vite avoir, il pouvait en répondre,
Un pied dans la tombe. Pat’ fut épouvanté :
Celui-là n’allait-il pas entraîner, pourquoi l’abscondre,
Les autres dans la fosse sans tarder ? Le rugueux
Le rassura : « Ne te mets donc plus martel en tête
Et n’oublie pas l’ami que, réfléchi ou fougueux,
Plus s’offriront d’options – même si l’on s’entête –
Moins on trouvera la solution, foi d’gueux ! »

© Christian Satgé – octobre 2017

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Obsédé textuel & rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, je rêve de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. « Méchant écriveur de lignes inégales », je stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, j'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Cl. Nougaro ne l'(en)chante. Après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux que l'on nomme Pyrénées où l'on ne trouve pire aîné que montagnard.

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