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Avr 05 2019

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Brûlons, brûlons – Philippe X

 

   Ce cri de joie résonnait à mes oreilles lorsque nous demeurions “au mas”  en Camargue.

   Il était annonciateur de libations « un peu espéciales » et d’une soirée durant laquelle nos plus bas instincts de carnassier allaient se révéler à la hauteur de la situation.

   Mes ancêtres criaient « Montjoie – Saint Denis » avant que de se lancer à corps perdu dans la bataille, ne concédant pas un seul refus à pourfendre un quelconque hérétique, maraud ou malandrin, digne de recevoir un grand coup d’estoque qui allait les envoyer ad patres. 

   Cet autre cri poussé par Christophe, annonçait l’entrée en lice d’un fin stratège et redoutable guerrier.

   Il laissait présager d’un terrible corps à corps entre un chapelet de chipolatas, renforcé sur son aile droite par une escouade de grillades assaisonnées à l’herbe de Provence, qui jetée dans la cohue par ruse, masquerait une embuscade sur le front gauche d’un poulet grillé à la bohémienne.

   Je savais par expérience que l’affaire serait rude, et que ce n’est qu’à l’ultime coup de Francisque et de Pertuisane que nous verrions nos efforts couronnés de succès pour atteindre le but final, le saint Graal : le dessert à Totof.

   Mais revenons à la genèse de cet appel au massacre de délicieuses poules sacrifiées sur l’autel de nos désirs, au remplissage du cimetière aux poulets, et à la libérations des sensations.

   Nos deux logements étaient mitoyens et nous  partagions un terrain propice à des séances grillades.

   Ce garçon, c’est en ces termes respectueux que l’on nomme un “gars bien”  chez les Gens du voyage, ne faisait pas partie, à proprement parlé, de cette communauté, mais par sa femme, gitane patentée, en était un des dignes représentant.

   Marié et père d’un redoutable petit garçon au yeux «comme ceux de son papa » nous a régalé tout au long de cette cohabitation qui, au fil du temps, a fait la fortune de la pharmacie «DUCOIN ».

   C’est dans cette officine qu’ont été vendus le pèse-personne et l ‘Hépattum , témoins gênants de nos repas ubuesques.

    Sans crier gare, que ce soit en début ou en fin de semaine, le cri retentissait, précédant des brassées de bois sec, qui atterrissaient dans le foyer à grillades.

   La braise intelligemment se faisait, doucement mais efficace, prête à brûler tous les hérétiques de MONTSÉGUR au même titre que l’auraient été les pratiquants de «comme j’aime » et « Natur’House » réunis.

   La table dressée par les dames, se recouvrait rapidement d’entrées froides de toutes sortes, légumes, charcuteries, charcuteries et… charcuteries de qualité.

   Perdues au beau milieu de ces pré-agapes, la mayonnaise et diverses sauces faites maison, attendaient sagement leur tour pour entrer en scène .

   “Souventes”  fois une anchoïade accompagnait la venue de CATINOU, épouse et compagne de votre serviteur.

   L’issue de ces duels était parfois prévue d’avance.

   En effet, les chances de gagner la bataille contre une horde de bonne victuailles, ne laissaient pas de place au doute, très souvent nous repartions K.O de ces rencontres.

   Vaincus oui….. mais fiers d’avoir combattu et d’être tombés les fourchettes à la main.

   Ce personnage mérite un arrêt-sur-image. C’est avec une grande émotion que je vous parlerai de  «ce garçon ».

   La différence d’âge aurait pu expliquer cela, Christophe me considérait comme son père de substitution, bien que dans nos relations je ne fus jamais sa Méthadone.

   Venant d’un horizon différent du mien, il savait tirait profit les leçons que lui a donné la Vie et se mettait vite au diapason, il connaissait bien la chanson car doué d’un esprit vif et d’une intelligence rare.

    Nous l’avons vu évoluer, au fils des épreuves que cette vie s’amusait à lui mettre au travers de son chemin. Il mérite un grand respect de notre part et une admiration toute particulière de la mienne.

   Le garçon portait en lui les traces de luttes fratricides au sein d’une famille turbulente, par pudeur et par amitié je n’en dirai pas plus.

   Il souffrait, c’était visible mais compensait ce manque de reconnaissance et d’amour par un don de sa personne.

   Il rendait services à beaucoup de gens de son entourage et je pense, c’est à moi seul qu’incombe la responsabilité de ces propos, que cette gentillesse était exploitée par ses fréquentations.

   Solide et rude gaillard, il avait la faconde et le boniment des gens du Sud.

   Lorsqu’il racontait ses aventures et ses frasques, GALABRU, RAIMU et le grand SERRAUT faisaient figure d’élèves du cours SIMON.

   Nos fous rires nous tordaient et nous pliaient en deux sur nos chaises et le bougre, qui aimait ça, en remettait une couche, singeant les gestes et les accents des participants, grimaçant en exagérant les traits de ses collègues, toute une panoplie de personnages défilait devant nos yeux ébahis

   Les secousses et les saccades de nos pauvres abdominaux laissaient la place pour l’estocade finale : le dessert.

   Je n’ai jamais compris comment faisait cet homme pour louvoyer entre les deux chiens qui nettoyaient le sol, les jouets du bambin et les pieds de chaises, alors qu’il portait dans chaque main, des desserts maison, gratte-ciels en équilibre.

   Si vous le permettez, je reviendrai dans une page prochaine, sur une de ses spécialités culinaires et les raisons de son surnom : EL CALIENTE 

   Alors…  on mange ?

.

   ©Philippe X – 05/04/2019

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'' nul n'est prophète en son pays''...c'est pour cette raison que je voyage.
''Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit.''...vous êtes mes invités, au banquet de la littérature....

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Anne Cailloux
Membre

J’ai l’impression que ce temps n’est plus, que ses gens sont d’une autre planète
Ou un autre milieu, je ne sais pas, mais .. soupire
bel écrit qui fait rêver. Le lieu y est aussi pour quelque chose
Anne

Béatrice Montagnac
Membre

Loup en deux mots savoureux sur le grill de tes mots je savoure comme toujours avec toi
douce soirée
amitiés
Béa
PS je serais absente quelques jours bise sur ton museaux

Delloly
Modérateur

yes je vous autorise à écrire raison culinaire de “el caliente”……
merci pour ce moment de lecture de votre enlevé conteur….
amicalement
Oliver

Christian Satgé
Membre

Cher Loup me voici à saliver et la lippe friande, par ta faute, je vais devoir aller arrondir un peu plus ce tour de taille que le monde entier m’envie à la mort. Merci pour ces scènes du quotidien dont je suis si friand (au fromage bien sûr) et ces amicales agapes méridionales qu’ont chanté bien de sauteurs… dont certains n’étaient pas à la hauteur de ton talent. Amicalement… en attendant, puisque désert il y eut, la suite c’est-à-dire le pousse-café.

ChanTal-C
Modérateur
ChanTal-C

Superbe chronique d’un moment précieux, habité de la joie et du plaisir de se retrouver
entre amis, où chacun participe, autour d’un barbecue géant… et laissant voir toute l’estime portée à ce “gars bien”
Merci Philippe pour ce partage… savoureux à tous points de vue.
Amitiés

Chantal

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