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Juil 12 2019

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Appellations d’Origines Incontrôlables – Philippe X

Savoir d’où on vient sans savoir où on va .

   Comment montrer aux autres la distance parcourue, si ce n’est par des témoignages des instants vécus.

   Le récit prend alors une dimension inattendue, et pourtant comment faire autrement que de vous entraîner dans le monde que vous m’avez aidé à quitter.

   Dans la planète « Manouche » les individus portent tous un surnom donné généralement  à la naissance par le parrain (Kirvo)

   Le  Kirvo  est un second père. En cas de décès ou de problèmes majeurs intervenant dans la vie, même adulte (incapacité, dettes, histoires d’honneur, affaires, invitation à séjourner aux frais du contribuable dans des maisons d’arrêt ) .

   Ce parrain mettra tout en œuvre pour porter aide et assistance à son neveu, j’ai assisté à des cas extrêmes où cet autre père payait de sa personne. La réciprocité n’est pas la même pour la gente féminine. La Femme la Kirvi ne joue pas un rôle important.

   Ce surnom est en rapport avec un fait marquant ayant lieu lors de sa venue au monde, ou portant sur un détail de son physique. Le parrain, à qui on présente l’enfant, va donc, de par ses premières impressions, donner un surnom pour le reste de la vie de l’enfant.

   Le garçon s’appelle Matcho (poisson) car le jour de sa naissance est tombé le premier avril. 

   Chez les Manouches, c’est que du bonheur et très imagé.

   Imaginez-vous au beau milieu d’un camp de Romanos, sirotant un café qui va dans les minutes à venir transformer votre électrocardiogramme en « échelle de Richter ».

   Une maman appelle sa marmaille, les sobriquets sont délicieux, savoureux à l’oreille profane !

    … Mandarine, Nelson, Canaille, Latchi  (délicieuse )(surnoms donnée à ses enfants )

venez où vous allez manger des coups…(promesse généralement tenue )

   ...Carole Richard donne vite un mégot. (surnommée ainsi car elle portait une robe de cette conceptrice de mode )

   … Ce n’est pas moi ma mère, c’est Couillon qui a commencé...(Grande sœur qui fait porter la responsabilité d’un acte à son frère surnommé Couillon…)

   J‘ai connu la petite Matrel ( patate à cause de son nez ) qui avait neuf ans, sa sœur Marmotte ( je reviendrais sur ce cas précis ) âgée de dix ans, tenait par la main son petit frère Balo (cochon).

   Ils étaient issus  du mariage de Gazouille ( à cause de sa voix fluette ) et de Vin blanc, leur père.(je vous laisse deviner pourquoi...)

    Le Kirvo de la Parni (blanche ) c’est ce dinelo (ce fou) de Bakro (mouton à cause de sa chevelure )

   Jean P… est connu sous le nom de Riton, Elie Z…. Sous le nom de Tchirklo (oiseau) Etc.

   Quand au téléphone, vous voulez parler au pasteur E…..il faut demander à s’entretenir avec Kalo Mouille ou gueule noire.(je l’ai connu, il avait 10 ans )

   J’avais un ami surnommé Bougodon ou petit fromage de chèvre.

   Il faut s’y faire, car vous êtes, vous aussi, affublé d’un surnom, qui n’est pas toujours flatteur. Bien sûr,  un nom d’état-civil est noté sur l’acte de naissance mais il n’est que très peu employé par la communauté.
Ils considèrent que le nom officiel ne signifie rien de bon, c’est celui que contrôle la Police.
Le nom romano est plus facile à porter, il rattache l’individu à sa famille et le plonge dans la chaude sécuri­té de son clan. 

   Tout se complique, lorsque deux ou trois individus mâles portent le même prénom dans la même famille. Les autorités en perdent leur latin… Le hasard ? Je ne pense pas.

   Un personnage très proche de nous, et que je surnommerai Jimmy, a le même prénom et la même date de naissance que son parrain et que son beau-frère. 

   Entre eux, ils se distinguent par le sobriquet reçu le jour de leur baptême. Il y a « Jimmy grandes oreilles » et « Jimmy grosse tête ». Quant au beau-frère, il porte le même nom de famille. Ce dernier est né, à un jour près, au même mois de la même année, bien sûr, mais il porte le même nom de famille sans toutefois être parent direct.

   Enoncé du problème :

   Sachant que l’un des trois individus n’a plus son permis de conduire (retiré pour un an ) et qu’il vient de se faire contrôler par la Gendarmerie en infraction de vitesse, qu’il n’a pas de domicile fixe,  qui payera l’amende ?

   Mais si vous arrivez encore à lire mon témoignage, après une lampée de café pour vous titiller les neurones, laissez-moi vous conter l’histoire de «Couteau-vélo».

   « monsieur le bicycloutier, t’aurais pas un peu d’absolution, j’ai grévé ma chambre d’air ».

   Il fallait être très attentif à ce que disait ce jeune homme, pour tenter de saisir le sens de ses paroles. Mais vous l’avez compris, il demandait de la dissolution pour réparer la chambre à air de son vélo !

   Couteau-vélo, quel drôle de surnom! Ce jeune homme avait la particularité de dérober les vélos qui se trouvaient à sa portée et de les échanger contre des couteaux.

   Dans une petite bourgade d’Auvergne il passait des heures assis sur un banc face au toilettes publiques, et dés qu’un cycliste posait son vélo pour aller se soulager, il volait le vélo. Directement il se précipitait sur notre chantier de récupération de métaux et dans un scénario immuable échan­geait le fruit de son larcin contre un Opinel

   Je le voyais débouler puis courir dans ma direction. Les doigts agrippés comme des serres d’oiseau de proie, il se balançait d’avant en arrière, en psalmodiant «couteau vélo couteau vélo» et ce durant de longues minutes tant que je ne lui prêtais attention.

   J’échangeais le vélo contre un canif de poche sans valeur. Puis lorsque l’échange avait eu lieu, il repartait en courant en brandissant le couteau les bras en l’air. Régulièrement, je chargeais le vélo dans ma camionnette et le ramenait à la mairie pour qu’il soit restitué à son propriétaire.

   Durant les périodes de vacances, il se déchaînait car les cyclotouristes étaient nombreux.

   Cela pourrait prêter à la franche rigolade, mais les victimes n’avaient pas toutes de l’humour et le «manouche cycliste» n’ayant pas toute sa raison, il arrivait souvent que les choses tournent mal.

   Quand je n’avais pas le temps de rapporter les vélos volés, je les conservaient chez moi, les gendarmes débarquaient et m’accusaient d’ être receleur. La gendarmerie intervenait souvent mais ne pouvait régler définitivement ces incartades. L’internement était la seule solution proposée. Le ton montait vite, la famille de couteau-vélo, les gendarmes, les plaignants se retrouvaient générale­ment chez moi et les reproches m’étaient adressés de la part des forces de l’ordre de la mairie et des parents du dérangé de la tête.

   Que faire? Lorsque je refusais d’accéder à ses demandes, il devenait violent et me menaçait. A la fin je lui donnais des couteaux de pique nique en plastique, c’est ce qui a fini par lui ôter l’envie des échanges mais pas des vols. Il continuait à faire ses frasques et à pratiquer les échanges avec d’autres, me traitant de voleur à mon tour.

   Allez-vous me croire lorsque je vous déclare que maintenant, dans l’écriture je découvre une sorte de sérénité.

   A/S MARMOTTE. Nom confondu avec BLAIREAU. cet animal était chassé, car son huile très fluide traversait la peau pour venir en aide à des guérisseurs intervenant à la suite de fractures et autres blessures graves. A cette époque j’avais soigné cet enfant de la sorte.

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©Philippe X – 12/07/2019

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'' nul n'est prophète en son pays''...c'est pour cette raison que je voyage.
''Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit.''...vous êtes mes invités, au banquet de la littérature....

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