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Nov 15 2018

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Amis de pins – Serge Campagna

Saint Martin imitait les liesses de l’été.  Souffles mélodieux, lumière exquise, rayons espiègles.

En monarque, le bleu trônait sur l’horizon. A l’avant, un linceul aux amples plis vert-anthracite.

Trois pins se dressaient sur la ligne de crête. Seuls en sentinelle sous un vaste désert minéral.

Leurs pieds se frôlaient sous une nappe fanée. Reliefs d’un repas frugal pour nourrir leurs connivences.

Co-pins, ils scrutaient leurs ombres sur la vallée. Amis, complices au fil des lustres, co-pins comme co-troncs !

Ils cohabitaient en cohorte ténue. Sur une propriété aux rigueurs peu supportables.

Mélèze frappait à l’enclume ses regrets. De ses éclats enluminés et perlés par l’automne.

Pin à crochet griffait les rires de l’été. Basané, éraflé par les coups répétés du soleil.

Arolle imposait le gel fat du céladon. Sévère et austère sous sa veste aux ombres violacées.

Longilignes, ils se détachaient de l’azur. Amitié muette, caresses discrètes aux aiguillons.

Près du chaos, ils agitaient leur mémoire. Excuses éternelles des vents aux siècles ensevelis.

Dans leur désert, ils louaient l’amour de l’autre. Offerts, hospitaliers, le tronc amène et les bras ouverts.

Tétras, casse-noix, pic épeiche s’invitaient. Dans les trilles, satiété de cônes, de sang, de sève.

Géranium, orchis souriaient à leur ombre.     Attente de la rosée du matin pour s’y rafraîchir.

Eux guettaient les premières charges de l’hiver. Prêts au combat, satisfaits de l’harmonie sur leur adret.

L’absence pointa ses frimas sur les sommets. Sous la croûte, plaisir effréné du repos mérité.

Ils étirèrent leurs longs bras dans la bise. Ecartement de doigts gourds dans le souffle rageur du temps.

Ils plissèrent le tronc dans les notes du vent. Sommeil réparateur dans une cantate de Rameau.

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©Serge Campagna

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Je suis arrivé en 1955 en Dauphiné et l'ennui de l'enfance m'a vite poussé vers les mots et leurs majestueuses farandoles.
J'eus très tôt la chance et le bonheur de croiser la route de maîtres qui me firent voyager sur les phrases de Musset, d'Apollinaire, de Baudelaire, de Cendrars...
Ma propension au sourire m'ouvrit plus tard les grâces de Bobby Lapointe, de Cavanna, de Desproges...
Puis, il y eut Guillevic, Max Jacob et l'immense Francis Ponge... En parallèle, s'immiscèrent Giono, Ramuz, Gougaud...
Depuis, mes textes recherchent le flot serein du voyage, les cataractes de la révolte ou les rives ombragées de l'harmonie.

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Jeanine Chatelain (Belle des Bois)

Merci pour ce joli texte.