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Août 30 2018

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14-18 – Daniel Marcellin-Gros

 

14-18 écrit en 2018

Ils n’avaient que vingt ans quand sonna le tocsin!

C’était vers le deux août à la fin des moissons,

Tous riaient et chantaient de glorieux refrains,

Et buvaient le pinard à même le litron!

Ils agitaient, heureux, les drapeaux les mouchoirs!

Penchés par les fenêtres des vieux wagons de bois,

Dans un tohubohu tel un cri de victoire,

Mais laissant leurs parents, leurs fiancées aux abois!

Ils pensaient en n’avoir que pour deux ou trois mois,

Après avoir bouté l’ennemi hors de France,

Ils rentreraient chez eux avant l’hiver, le froid,

Retrouver leur famille, oublier la souffrance!

Or, les parents inquiets fondaient en grosses larmes,

Car ils avaient connu la guerre et la pétoche:

” Celle de soixante dix, où aboyaient les armes,

Faisant moult victimes parmi Français et Boches!”

Mais la guerre de quatorze planait comme un vautour,

Les Teutons revanchards à la hargne féconde,

Avaient forgé les armes aux usines de la Ruhr,

Envisageant alors de conquérir le monde!

Au premier jour de guerre: comme un tonnerre qui roule,

Nos hardis fantassins dans leur tenue garance

Eurent des pertes terribles à vous rendre maboule,

De trente mille morts par inexpérience!

Et par cet habit rouge qui en faisait des cibles

Ainsi qu’un armement privé de potentiel,

Et par un ennemi, surarmé, irascible

Qui se moquait des balles sortant de nos “Lebel”!

C’est par obéissance que ces jeunes tombèrent,

Ils faisaient leur devoir comme d’autres naguère,

En pensant à leurs femmes, à leurs enfants, peuchère!

Les survivants apprirent ce qu’était une guerre!

La terre embrasée fumait de toutes parts,

L’artillerie lançait fusants et percutants

Fauchant à l’aveuglette les hommes sans rempart

Hormis les trous d’obus: abris peu résistants!

Les arbres massacrés avaient l’air de squelettes,

Au loin, quelques feuillus avaient bien résisté,

Et à l’orée du bois, marchant comme des bêtes,

Nos troupes, dans cet asile seraient moins dépistées!

Un instant de repos dans ce havre de paix,

Permettait aux soldats de respirer un peu,

Oh comme il semblait loin l’immonde parapet,

Qu’il fallait enjamber pour des combats furieux!

L’obus frappait plus loin, sur des hommes moins chanceux,

Et nos soixante quinze hurlaient comme des hyène,

Ces terribles canons paniquaient bien des chleuh

Dont le sang bouillonnant se glaçait dans leurs veines!

La peur des deux côtés rendait les hommes féroces,

Et dans les corps à corps, seul le plus fort gagnait,

Achevant l’ennemi parfois à coups de crosse,

Tandis que des blessés, à genoux suppliaient!

Mais la haine était forte! La compassion absente!

C’était le bain de sang où chacun se vautrait,

Des rictus se formaient sur les bouches démentes,

Sur des cadavres mous les rescapés couraient!

Ils couraient pour rejoindre leurs tranchées respectives,

Et manger du pain sec et de la soupe froide,

Se reposer un peu loin des balles explosives,

Puis écrire une lettre les doigts gelés et roides!

Ils ne se lavaient pas ils ne se rasaient plus,

Ils se contentaient d’eau trouvée dans les ornières,

La misère jetait sur eux son dévolu,

Ils s’épouillaient entre eux sans faire de manières!

 

Mais nos braves ” pioupious” avaient cette hantise,

Que tombent des fusées éclairant leur tranchée

Pour que les artilleurs tirent des salves précises

Tandis que les guetteurs auraient la gorge tranchée!

Les boyaux de liaison étaient un traquenard,

Les hommes, à plat ventre rampaient comme des serpents

Pour porter aux copains la soupe et le pinard,

Les désignés mettaient leur futur en suspens!

Quelques fils barbelés gênaient la progression,

Ils étaient reliés à des boîtes et canettes,

Qui les coupait signait sa condamnation,

L’ennemi prévenu sortait la mitraillette!

Quelle dure punition pour ces hommes de corvée!

Qu’il fallait accomplir aux soins d’un adjudant,

Leur destin était presque dans le marbre gravé,

Et pour ne pas fléchir il fallait du mordant!

La guerre s’éternisait, la peur, la faim, le froid

Avaient raison des hommes, même les plus endurcis,

Ils attendaient tout pâles que l’obus les foudroie,

Sachant bien que leur vie ne serait qu’en sursis!

Les positions gagnées, perdues le lendemain,

Signifiaient que la guerre était loin d’aboutir

Qu’il faudrait à tant d’hommes des combats inhumains,

Pour repousser l’assaillant et le voir périr!

L’état major condamna des hommes pour l’exemple,

Par des procès bâclés d’une grande cruauté,

Paroissiens de l’église et protestants du temple,

Des pelotons tirèrent, et des vies furent ôtées!

Harassés de fatigue, chacun voudrait dormir

Se bourrant du coton dans les trompes d’eustache,

Afin d’atténuer les aboiements des tirs,

Le tonnerre des obus qui éclatent et vous hachent!

Et le rêve s’installe pendant ces nuits hurlantes,

Les barbelés deviennent des guirlandes de roses,

Les femmes désirées se transforment en galantes,

Qui viennent embellir toutes les heures moroses!

Des anges bienfaisants tournent dans leur sommeil,

Apportant sous leurs ailes des lettres douces et mièvres,

Et puis s’en vont, cédant la place au soleil,

Alors que les poilus ont le sourire aux lèvres!

Un coup de canon un peu plus fort que les autres,

Réveille les dormeurs qui chancellent debout,

Adieu rêves maudits vous n’êtes plus des nôtres,

Marmonnent les poilus piétinant dans la boue!

Les avions Allemands repéraient les tranchées,

Et lâchaient quelques bombes bourrées de Shrapnel,

Le second du pilote à la tête penchée,

Arrosait de son mieux troupes et sentinelles!

La riposte Française était prompte à venir,

Mortiers et mitrailleuses tiraient dans les hélices,

Comme des oiseaux blessés, sachant qu’ils vont mourir,

Les “Albatros” chutaient dans un feu d’artifice!

Verdun fut le théâtre des plus sanglants combats,

Les déluges de feu tombaient en permanence

Hachant tout ce qui vit en terribles trépas,

Massacre irréel dans ce charnier immense!

Certains ont survécu au terrible carnage,

Ils ont vu tant de morts tordant leurs bouches immondes,

Copains ou ennemis, enfin devenus sages,

Qui seront des amis, peut-être, en l’autre monde!

 

© Daniel Marcellin- Gros – 30/08/2018

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Je suis retraité 72 ans, j'étais chef de bureau d'études pendant une carrière longue de41 ans. Je m'adonne à la poésie et aussi à la peinture depuis 7 ans

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